Lectures

Un peu de hauteur avec le Guide des égarés de Jean d’Ormesson

30 août 2017

En une trentaine de mini-chapitres reliés entre eux par le fil conducteur de la pensée de Jean d’Ormesson, Guide des égarés offre un regard lucide et profond sur le monde. Pour le savourer plus longtemps, j’en ai étalé la lecture sur un mois et c’est à regret que je le referme. Enfin, pas tout à fait car maintenant je vous en parle …

 

Pourquoi ce livre ?

 

On ne présente plus ce grand Monsieur qu’est Jean d’Ormesson. Ses livres lui ressemblent. Ils sont pétillants, un peu perchés, mais on en revient toujours à l’essentiel. D’une manière générale, je trouve que ce sont des livres qui font du bien. Alors un opus de temps en temps, je suis toujours partante ! En plus, le titre est séduisant. « Guide des égarés ». Ne le sommes-nous pas tous un peu ? 

 

Quatrième de couverture

 

Nous ne savons ni pourquoi nous sommes nés ni ce que nous devenons après la mort. Nous sommes tous des égarés. 
C’est à la question : «Qu’est-ce que je fais là?» que s’efforce de répondre ce manuel de poche qui n’a pas d’autre ambition que de décrire avec audace, avec naïveté, avec gaieté ce monde peu vraisemblable où nous avons été jetés malgré nous et de fournir vaille que vaille quelques brèves indications sur les moyens d’en tirer à la fois un peu de plaisir et, s’il se peut, de hauteur.

 

 

Verdict ?

 

S’il se défend de vouloir écrire un ouvrage philosophique, c’est pourtant bien cela que nous offre Jean d’Ormesson, dans ce tout petit ouvrage qui tranche avec ce que l’on a l’habitude de lire. La philo sans la lourdeur ni les développements parfois rébarbatifs. Ici, la démonstration coule toute seule. Elle est brillante et limpide. 

J’ai aimé la manière dont le livre est structuré et l’ordre dans lequel les chapitres sont abordés. J’ai surtout aimé qu’il fasse réfléchir aux grandes questions de la vie, sans aucune prise de tête. Il n’est pas rare que ce genre d’ouvrage vire à la leçon dispensée sur un ton professoral et supérieur. Ici, ce n’est pas du tout le cas. Le lecteur reste libre d’accueillir la prose de Jean d’Ormesson comme il l’entend. 

Enfin, j’ai aimé la substance, la vision de ce qui nous entoure, à la fois réaliste et optimiste. Par les temps qui courent, ne pas s’appesantir sur ce qui cloche dans notre monde est presque un exploit. Et ça aussi, ça fait du bien.

Bref, lisez ce livre. En quelques chapitres, on déconnecte d’une vie à 1000 à l’heure pour revenir à l’essentiel, et je trouve ça très appréciable de temps en temps.

 

Et le style dans tout ça ?

 

Je suis fan du style de Jean d’Ormesson. Des phrases courtes, une syntaxe maîtrisée et surtout sans fioritures. Et pourtant, il y a un rythme et une fluidité étonnante. Donc, j’en arrive à me dire que ce doit être la marque des grands. Faire passer des messages d’une incroyable profondeur avec des phrases courtes et des mots simples, quoique toujours choisis avec beaucoup de justesse. 

 

Pour quel public ? 

 

Tout public.

 

Mes chapitres préférés :

 

  • La lumière 
  • Dieu (c’est évidemment subjectif et ça ne parlera pas à tout le monde mais j’ai trouvé ce chapitre absolument exceptionnel).

 

Mes passages préférés :

 

« Nous ignorons d’où nous venons, nous ignorons où nous allons. Nous sommes tous des égarés ».

 

Sur la lumière

 

« La lumière transporte du passé. Elle nous donne surtout du présent. Tout le présent. Tout ce monde réel que j’ai regardé avec passion. Nous ne voyons les arbres, la mer, les îles du Dodécanèse, les astres dans le ciel, les champs de lavande au printemps, les objets de chaque jour, le visage des êtres aimés que parce que la lumière nous les offre ». 

 

« La lumière n’est peut-être rien d’autre que le premier et le plus simple de nos bonheurs. Vivre, c’est découvrir la lumière du matin ».  

 

Sur la joie

 

« Le plaisir est une herbe folle qui pousse entre les pierres. Le bonheur est un lac très calme qui brille sous le soleil. La joie est une tempête qui tombe du ciel pour nous élever vers lui. Le plaisir est un instant qui passe : il nous excite. Le bonheur est un état qui s’efforce de durer : il nous apaise. La joie est une grâce venue d’ailleurs. (…) Elle nous transporte. Elle nous ravit au-dessus de nous-mêmes ».

 

Sur la beauté

 

« Il n’est pas tout à fait sûr que la beauté suffise à sauver le monde de la folie des hommes et de leur génie. Elle le rend en tout cas supportable. Elle le change en bonheur ». 

 

Sur l’amour

 

« Usé jusqu’à la corde par l’ode et le sonnet, par le théâtre classique, par les poètes romantiques, par les chanteurs et les chanteuses, le cinéma, la télévision, il n’en finit pas de ressusciter de ses cendres et de régner sur le monde ». 

 

* * * *

Guide des égarés est une coédition Gallimard/Éditions Héloïse d’Ormesson

Lu en août 2017 à la maison

 

 

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