Lectures

Buveurs de vent de Franck Bouysse : l’émancipation d’une fratrie

3 octobre 2020

Lorsque l’on a aimé un livre autant que j’ai pu aimé Né d’aucune femmelire le « livre d’après » est forcément une expérience particulière où se mêlent attentes et peur de la déception. Je n’ai pas pu résister à l’appel de Buveurs de vent, que l’on voit partout en cette rentrée littéraire. Buveurs de vent est mon troisième Franck Bouysse après son chef d’oeuvre Né d’aucune femme et Glaise (dont il faudrait que je me décide un jour à vous parler).

Je peine à trouver les mots pour vous parler de ce nouvel opus, dont je ne saurais dire s’il m’a vraiment enthousiasmée. Une chose est certaine : l’écriture et le style de Franck Bouysse sont au rendez-vous. Des pages époustouflantes de beauté dont je ne regrette pas la lecture.

Buveurs de vent est publié aux Éditions Albin Michel. Pour ré-écouter Franck Bouysse parler de son ouvrage à la Grande Librairie, c’est ici.

 

Pourquoi ce livre ? 

 

Parce que Franck Bouysse ! Tout simplement.

 

Ça raconte quoi ? 

 

Buveurs de vent, c’est avant tout l’histoire d’une fratrie. Trois frères et une soeur qui grandissent dans une famille austère auprès d’une mère bigote, d’un père tantôt violent tantôt absent et d’un grand-père estropié mais bienveillant.

Le milieu est modeste et les destins tout tracés, dans cette vallée sinistre du Gour Noir, soumise par l’infâme Joyce. De père en fils, on travaille à la centrale ou dans les carrières. Aucune autre issue que la soumission et une vie sans relief ne semble possible.

Pourtant, et chacun à leur manière, les enfants Volny s’échappent de cet univers sombre et lourd. Pour Marc, ce sera par les livres. Pour Mabel par la fuite et l’émancipation, pour Matthieu par la forêt, pour Luc par l’imagination débordante d’une intelligente un peu limitée.

Cette quête de liberté individuelle se heurte à l’inertie ambiante. Et pourtant, tels des grains de sable enrayant une machine infernale, les enfants Volny vont, chacun à leur manière et forts de leur solidarité, bouleverser le quotidien et l’ordre établi d’une vallée éteinte et soumise.

 

La quatrième de couverture

 

 

Et le style dans tout ça ? 

 

Quel bonheur ! Emportée par le style, je me suis délectée à la lecture de ces pages magnifiquement écrites. Il m’arrive rarement de relire un passage plusieurs fois. De m’arrêter un instant pour prendre une respiration, et savourer la beauté exquise d’un paragraphe. Buveurs de vent m’a conduite dans cette émotion là. De celle que l’on rencontre rarement et qui marque un lecteur.

J’ai apprécié la structure générale de l’ouvrage et la longueur des chapitres. Courts et cadencés. Comme j’aime !

Verdict 

 

Sombre en apparence et pourtant si lumineux … Voilà ce que j’écris à chaque fois quand je vous raconte mon expérience de lecture d’un Franck Bouysse. Se dégage de chaque page une incroyable puissance. Tantôt de la fougue, tantôt du sentiment, de la révolte. Quel souffle ! Même s’il m’aura manqué une petite étincelle…

J’ai été touchée par la sensibilité de chaque personnage, par leur rapport à l’imaginaire mais aussi et surtout au livre. Je suis rentrée facilement dans l’univers de chacun. Avec eux, ici ou là, j’ai souri d’attendrissement, frémi d’émotions ou me suis renfrognée d’indignation. Et que dire de l’ogre mégalomane Joyce, pièce indispensable de ce conte noir ?

L’histoire en elle-même ne m’a pas marquée comme celle de Rose dans Né d’aucune femme dont je conserve encore l’empreinte. Pour moi, l’histoire de Buveurs de vent n’est qu’un prétexte à la rencontre de cette attachante fratrie. Un vecteur pour jouir du bonheur de plonger à nouveau dans la poésie et la subtile danse des mots orchestrée par Franck Bouysse.

Je n’ai pas tout aimé de ce livre. J’ai regretté certains passages crus et dérangeants, selon moi parfaitement inutiles à l’histoire. Ils avaient sans doute pour ambition de choquer le lecteur, mais ce n’était vraiment pas nécessaire. Le livre en lui-même est suffisamment réussi pour ne pas avoir besoin de ces artifices pour se faire remarquer.

En conclusion, Buveurs de vent n’est pas un coup de coeur mais une belle rencontre avec des personnages convaincants et attachants, servie par une écriture lumineuse et inoubliable que je vous recommande.

 

Lu à Paris – Août 2020

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