Lectures | Pouilles

Coup de coeur pour le Soleil des Scorta de Laurent Gaudé

14 septembre 2018

Éblouissante ! C’est le premier mot qui me vient pour qualifier l’oeuvre magistrale de Laurent Gaudé, Le soleil des Scorta, que je vous propose de découvrir aujourd’hui. 

 

Pourquoi ce livre ?

 

Parce qu’en voyage dans les Pouilles !

Rentrer dans un livre, c’est pénétrer un univers, une atmosphère. Des sons, des odeurs, des personnages, une époque … C’est la beauté des mots : cette capacité à propulser le lecteur dans une autre réalité.

C’est la raison pour laquelle, j’aime associer chaque livre que je lis à un lieu, à une émotion. Le plus souvent, c’est le hasard qui en décide. Parfois, plus rarement, c’est moi qui prend les devants en associant une destination de voyage à un livre.

La semaine dernière, je vous racontais le bonheur incroyable de lire L’amie prodigieuse à Naples, où se situe l’histoire. Cette année, j’ai récidivé en choisissant de lire Le soleil des Scorta à quelques lieux du village où se déroule l’action.

 

Ca raconte quoi ?

 

Le soleil des Scorta est un roman qui débute à la manière d’un Western. Un étranger, voyou, qui pénètre dans un petit village et en bouleverse l’équilibre. Bond en avant le temps. Le lecteur fait rapidement la connaissance de la descendance du brigand. Les Scorta. Ils seront craints, ils seront fiers, ils seront incontournables et pour toujours liés à la destinée de Montepuccio.

 

La quatrième de couverture

 

« Lorsque commence le récit, Luciano Mascalzone, un traîne-savate vivant de petites rapines, revient après quinze années de prison à Montepuccio, un village des Pouilles aux façades sales où les heures passent dans une fournaise qui abolit les couleurs. Autour, ce ne sont que collines et mer enchevêtrées. « Il m’a fallu du temps mais je reviens. Je suis là. Vous ne le savez pas encore puisque vous dormez. Je longe la façade de vos maisons. Je passe sous vos fenêtres. Vous ne vous doutez de rien. Je suis là et je viens chercher mon dû. » Son dû, c’est Filomena Biscotti, une femme qu’il désire depuis qu’il l’a rencontrée et dont le souvenir n’a cessé de le hanter. Ce que Luciano ignore, c’est que celle qui lui ouvre sa porte et qui se laisse dépuceler est la sœur cadette de celle qu’il convoitait, Immacolata. Battu à mort par les villageois, il meurt dans le dégoût du monde. Immacolata donne naissance à un fils. C’est ainsi que naît la lignée des Mascalzone, qui portera le nom de Scorta : d’une erreur, d’un malentendu. « D’un homme qui s’était trompé. Et d’une femme qui avait consenti à ce mensonge parce que le désir lui faisait claquer les genoux. » Avec une imagination qui semble avoir atteint son apogée, inondée de fraîcheur et poussée par la musicalité d’un style irréprochable, Laurent Gaudé raconte l’existence des Scorta de 1870 à nos jours. Chronique d’une famille qui vivra certes pauvrement, mais dans l’éternel désir « de manger le ciel et de boire les étoiles », Le Soleil des Scorta est une fresque vivante et volcanique ».

 

Verdict

 

Les mots me manquent pour vous décrire toute la puissance contenue dans ce livre, somme toute assez court (248 pages). Je dois dire que je suis impressionnée que l’on puisse tant dire en si peu de pages, provoquer autant d’émotions, convoquer avec une telle facilité les cinq sens du lecteur.

Il y aurait tellement à dire. Notamment sur la virtuosité de Laurent Gaudé qui fait danser les mots, claquer les sons, vibrer les couleurs. L’auteur brosse avec une grande justesse le paysage des Pouilles et cette atmosphère lourde et chaude caractéristique des villages du sud de l’Italie. Vous le savez, j’ai lu Le soleil des Scorta lors de notre voyage dans les Pouilles. Ce que je lisais, je le voyais tout autour de moi et le vivais. Aussi, suis-je bien placée pour vous dire que Laurent Gaudé a merveilleusement saisi ce lieu dans toutes ses dimensions : naturelles, culturelles, culinaires, humaines.

Passons à la richesse des personnages et des thèmes abordés. Nos protagonistes, racontés sans fard mais avec un tel relief, sont fiers, travailleurs, obstinés, orgueilleux, claniques … Profondément enracinés dans ce petit village des Pouilles, ils traversent la vie avec passion et détermination. Tombent, échouent puis se relèvent et recommencent. Leur histoire est celle de ceux qui sont nés quelque part et appartiennent charnellement à une terre. Elle est celle de ceux qui partent pour mieux revenir à leurs racines et à eux-mêmes. Elle est celle de ceux qui n’ont rien, si ce n’est leur nom, leurs valeurs et leur clan. Formidable roman sur l’honneur et la transmission, Le soleil des Scorta c’est un peu tout cela. Et il y a fort à parier que ce livre trouvera un écho dans chacun de ses lecteurs.

Enfin, il y a des passages d’une beauté à pleurer. Des phrases éparses ou des pages entières qui viennent vous chercher au fond des tripes, vous serrent, et ne vous lâchent qu’au prix de quelques larmes d’émotion. Quelle délicieuse claque !


Et le style dans tout ça ?

 

Étrangement, le style semble plutôt simple au premier abord. On lit facilement les premières pages. Puis, l’écriture devient quasi hypnotique. Serait-ce parce que les descriptions des chaleurs écrasantes plongent le lecteur dans une forme de torpeur ? Peut-être.

Toujours est-il que ce roman, dur et délicat à la fois me restera longtemps en mémoire comme un véritable chef d’oeuvre. En particulier les dernières pages. Magistrales !

 

Pour qui ?

Tout public mais je recommanderais d’attendre l’âge adultes. Les messages transmis n’en seront alors que plus pertinents et percutants.

 

 

Que lire de cet auteur ?

 

Le soleil des Scorta était mon premier Laurent Gaudé. Vous l’aurez compris, ce ne sera pas le dernier ! Sur les conseils d’une fellow travel blogger, Gones Away, je vais donc poursuivre par :

  • La mort du roi Tsongor

 

PS : Un grand merci à Monsieur Chéri qui m’a confectionné un marque-page avec une branche d’olivier des Pouilles (qui restera pour aussi longtemps que le livre existera bien à l’abri dans celui-ci)

 

* * * * * 

Lu à Campo Marino et Torre Lapillo dans les Pouilles – Août 2018

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