Lectures

Ce genre de petites choses de Claire Keegan : un conte singulier pour ne jamais oublier

25 février 2021

Après des mois d’absence, il fallait absolument que je vous parle d’une de mes dernières lectures de l’année 2020 : Ce genre de petites choses de l’irlandaise Claire Keegan. Un petit bijou qui a connu, à juste titre, un succès phénoménal ces derniers mois. Mon impression s’inscrit dans cette tendance. Je vous raconte donc pourquoi j’ai aimé ce livre …

 

Pourquoi ce livre ? 

 

Parce que période de Noël, publié par les éditions Sabine Wespieser (toujours un gage de qualité) et parce que critique unanimement positive. Je l’ai aussi choisi parce qu’en panne de lecture, j’avais besoin d’un roman court pour me relancer. Enfin, le sujet des Magdalene laundries m’intéressait beaucoup. En effet, c’est l’une de mes camarades de promotion, l’inspirante Maeve O’Rourke qui a mené, en Irlande et jusque devant l’ONU, le combat magnifique pour faire reconnaitre les souffrances des milliers de femmes et enfants victimes de ces blanchisseries jusque dans les années 90.

 

Ça raconte quoi ? 

 

Noël, 1985. New Ross, en Irlande.

Bill Furlong est l’archétype de l’homme bon et apprécié de tous. Enfant sans père, il a grandi sous la bienveillance de la maîtresse de maison dans laquelle travaillait sa mère, domestique de son état. Méritant et doté d’une moralité irréprochable, Bill a travaillé dur et s’est bâtie une situation – il vend du bois et du charbon – et une famille et est aujourd’hui père de cinq filles. Alors qu’il livre le couvent voisin, il découvre un jour une jeune fille visiblement traumatisée et apeurée. Derrière les murs du couvent se jouent de terribles drames. Une situation que devine Bill. Et qui le hante au point qu’il ne pourra plus jamais oublié ce qu’il a vu et ressenti ce jour-là. Jusqu’à interroger sa propre identité et sa propre histoire.

Cette histoire, qui se lit comme un conte, est inspiré de faits réels qui ne sont que pudiquement évoqués. C’est l’histoire d’un scandale d’état qui a perduré jusqu’à récemment encore. Celui des Magdalene laundries, ces établissements gérés par l’église catholique dans lesquels étaient envoyées les femmes troublées ou mères célibataires, pour y être mises en marge de la société et exploitées sans merci et souvent avec la plus grande cruauté. Pour en savoir plus sur le sujet, je vous conseille de regarder ce Ted Talk de Maeve O’Rourke, la très inspirante avocate des droits de l’homme qui s’est battue il y a quelques années pour obtenir des excuses de l’état irlandais et une réparation pour les victimes.

L’histoire se déroule dans les années 80. Pourtant, j’ai eu l’impression de lire une histoire d’une autre époque. Sans indication de l’auteur, je l’aurais située au début du XXe siècle.

 

La quatrième de couverture

 

 

Et le style dans tout ça ? 

 

Concis, sans fioritures, Ce genre de petites choses est un livre écrit dans une langue belle et fluide. Un récit tout en pudeur où l’on devine plus qu’on ne sait. Où la suggestion est préférée à de trop longues descriptions. Certains lecteurs pourront regretter que l’auteur n’ait pas livré davantage d’informations sur ce qu’il se passait derrière les murs du couvent. Mais en réalité, je trouve ce procédé de suggérer plutôt que de raconter, en suscitant l’imagination du lecteur, particulièrement bien adapté à ce récit.

Le résultat est un roman subtil, délicat et émouvant qui m’a beaucoup plu.

 

Verdict 

 

Un roman court, écrit comme un conte de Noël, à lire au coin du feu par une froide soirée d’hiver.

Après bien des lectures difficiles peuplées de personnages malveillants, violents et abusifs, ce livre a été une respiration. Quel plaisir de découvrir un personnage principal attachant. Avec Ce genre de petites choses, Claire Keegan nous offre un héros ordinaire et simple. Un homme profondément bon et pétri de valeurs et à la rectitude morale irréprochable.

J’ai donc aimé le personnage principal, sa sensibilité et son histoire. Et plus globalement, j’ai été touchée par ce récit.

Particulièrement bien construit et bien écrit,  Ce genre de petites choses est un roman comme en publie très souvent Sabine Wespieser : une belle écriture, un brun de poésie et beaucoup de délicatesse. De qualités qui me rappellent ce que j’aime chez des auteurs comme Léonor de Recondo par exemple.

Enfin, Ce genre de petites choses m’a amenée à me documenter à nouveau sur les Magdalene laundries. Un livre qui provoque en moi cette envie d’explorer, d’apprendre, d’approfondir est toujours une excellente indication.

 

Lu à la maison – Décembre 2020

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