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Les sept morts d’Evelyn Hardcastle de Stuart Turton : un cluedo qui donne le tournis

29 juillet 2020

J’ai lu Les sept morts d’Evelyn Hardcastle de Stuart Turton, un premier roman policier totalement atypique, dont je vous parle aujourd’hui.

Publié chez Sonatine, puis en poche chez 10-18, ce petit pavé de 594 pages ne laisse pas indifférent. Si je n’ai pas ressenti le plaisir de lecture attendu, je reconnais à ce roman de très nombreuses qualités. Au premier rang desquelles, celui de surprendre et de bousculer le lecteur par d’ingénieux procédés.

 

Pourquoi ce livre ? 

 

Avez-vous vu cette couverture ? Ma rencontre avec ce livre est avant tout un coup de foudre pour la couverture de sa version poche.

Ensuite, la promesse était belle … « un mix entre Agatha Christie, Downton Abbey et Un jour sans fin ». Autant dire que pour une inconditionnelle d’Agatha Christie et de Downton Abbey, je ne pouvais qu’être intriguée et même impatiente de découvrir ce livre.

Une rapide revue de la blogosphère m’a convaincue de tout lâcher et de lire immédiatement ce livre. Les chroniques de mes amies blogueuses parlaient de « Cluedo », de « rebondissements en chaîne » et de « construction géniale et originale ». Il ne m’en fallait pas plus !

 

Pour qui ?

 

Pour ceux qui aiment les constructions alambiquées, les mystères épais, les vieilles maisons lugubres mais aussi les oeuvres atypiques avec un soupçon de surnaturel.

 

Ça raconte quoi ? 

 

Un homme se réveille amnésique au milieu d’une forêt menaçante. Qui est-il ? Il l’ignore. Où est-il ? Il l’ignore également. Le seul souvenir auquel il se raccroche est un prénom : Anna. Qui est-elle ? Comment est-il arrivé dans cette forêt et pourquoi se sent-il ainsi menacé ? Alors qu’il retrouve le chemin de l’imposante demeure Blackheath, il découvre qu’un bal est y organisé et qu’une ribambelle d’invités ont investi la bâtisse en décrépitude. L’ambiance y est lourde, la tension palpable. Très vite, notre amnésique apprend que la fille de ses hôtes, Evelyn Hardcastle va être assassinée à 23h. Il ne dispose que de quelques heures pour découvrir qui est responsable de ce crime, faute de quoi il ne pourra plus quitter Blackheath. Bal masqué ou véritable prison ? La panique gagne notre homme qui bien vite devra pourtant se résigner. Résoudre le meurtre ou être condamné à revivre sans cesse la même journée. Résoudre le meurtre mais aussi faire toute la lumière sur sa véritable identité et sur la raison de sa présence en ces lieux.

 

La quatrième de couverture

 

 

Et le style dans tout ça ? 

 

Ce qui fait l’originalité et donc la grande force de ce roman, c’est sa construction. Cette course contre la montre qui replonge le lecteur sans cesse au cours de la même journée (enfin presque). Si cette manière d’aborder l’énigme est particulière, elle est surtout très ingénieuse car elle permet de vivre l’histoire sous des angles différents. Elle permet aussi de progresser dans la résolution de l’énigme de manière non linéaire, distillant indices et révélant des pistes ça et là au détour d’une nouvelle journée ou d’un nouveau personnage.

C’est à mon sens ce qui plaît ou déplaît.

Côté écriture, j’ai trouvé Les sept morts d’Evelyn Hardcastle particulièrement bien écrit (et traduit). Quand on sait qu’il s’agit d’un premier roman, on se dit qu’avec une plume d’une telle maturité et d’une telle précision, on a hâte de découvrir les prochains opus de Stuart Turton. Un auteur vraiment prometteur.

 

Verdict 

 

Mieux vaut rester très concentré pour lire ce livre. Il ne s’agit pas d’une lecture légère car le lecteur a vite fait de décrocher, tant la construction est complexe et les allers-retours dans les boucles temporelles sont fréquents. Je dois dire qu’en ce qui me concerne, toutes ces imbrications m’ont un peu donné le tournis, voire agacée. À tant me concentrer pour ne louper aucun indice, re-situer les personnages, mon plaisir de lecture est un peu passé en second plan, ce qui est dommage.

Pourtant l’intrigue est bonne, les secrets et révélations nombreux et les personnages non dénués d’intérêt. Mais à y réfléchir, j’aurais sans doute davantage apprécié voire adoré ce livre si la construction avait été plus classique, plus linéaire. Alors vous me direz que toute l’originalité de ce livre tient justement dans sa construction et que sans elle, on retomberait vite dans un Agatha Christie plus classique. C’est très vrai, et je reconnais bien volontiers que mon ressenti ne sera pas forcément partagé par tous ceux qui trouveront géniale cette manière de mener et de résoudre un mystère. C’est aussi ça la beauté de la littérature. Reconnaître beaucoup de qualités à un ouvrage et pourtant avouer que l’on a que moyennement aimé. Reconnaître aussi que d’autres auront raison d’encenser Les sept morts d’Evelyn Hardcastle, pour les raisons mêmes qui ont fait que pour moi ça n’a pas tout à fait marché.

 

Lu à Paris – Juillet 2020

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