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Les suppliciées du Rhône de Coline Gatel : une enquête singulière

10 mai 2019

C’est dans le Lyon de la fin du XIXe siècle que je vous emmène aujourd’hui, à la suite d’un trio d’enquêteurs détonant ! Avec Les suppliciées du Rhône, Coline Gatel nous offre une oeuvre très complète, à mi-chemin entre roman policier, roman historique et roman de société. À découvrir chez Préludes Éditions !

Pourquoi ce livre ?

 

En général, j’aime beaucoup les auteurs que publient Préludes Éditions, que je suis régulièrement sur les réseaux sociaux. C’est comme cela que j’ai découvert ce roman policier singulier, qui m’a immédiatement fait envie. Dès que j’ai pu, j’ai donc sauté dessus. Ou plutôt plongé dedans …

 

La quatrième de couverture

 

« Lyon, 1897. Alors que des corps exsangues de jeunes filles sont retrouvés dans la ville, pour la première fois des scientifiques partent à la recherche du coupable, mettant en pratique sur le terrain toutes les avancées acquises en cette fin de XIXe siècle. Autopsies des victimes, profils psychologiques des criminels, voilà ce que le professeur Alexandre Lacassagne veut imposer dans l’enquête avec son équipe, mais sait-il vraiment ce qu’il fait en nommant à sa tête Félicien Perrier, un de ses étudiants aussi brillant qu’intrigant ? Entouré d’Irina, une journaliste pseudo-polonaise, et de Bernard, un carabin cent pour cent janséniste, Félicien
va dénouer, un à un, les fils enchevêtrés de cette affaire au coeur d’un Lyon de notables, d’opiomanes et de faiseuses d’anges. Jusqu’à ce que le criminel se dévoile, surprenant et inattendu, conduisant le jeune médecin au-delà
de ses limites ». 

 

Ça raconte quoi ? 

 

L’intrigue se déroule à Lyon, dans les bas fonds des quartiers pauvres et délabrés. Quand une très jeune femme est retrouvée éventrée, Félicien Perrier et Bernard Lecuyer, qui étudient les techniques balbutiantes de ce qui deviendra la médecine légale, se lancent dans l’enquête. Avec Irina, journaliste à la personnalité bien trempée, ils forment un trio surprenant, bancal et pourtant attachant. À une époque où l’autopsie arrive au service des enquêtes, que sont recueillies les premières empreintes digitales, la médecine commence tout juste à faire parler les morts. Bien vite, une deuxième victime est retrouvée. Lancé sur la piste d’un tueur en série poursuivant un dessein d’une atrocité indescriptible, le trio se heurtera bien vite à ses propres démons …

 

Et le style dans tout ça ?

 

Coline Gatel excelle à retranscrire l’atmosphère lourde et insalubre d’un hiver lyonnais à la fin du 19e siècle. Prostituées, indigents, ouvriers affamés, faiseuses d’anges, bateau-morgue, insalubrité … Rien n’est épargné au lecteur !

La langue est parfaitement choisie, les détails soignés et le vocabulaire d’une grande richesse. Le lecteur n’a pas réellement besoin de faire appel à son imagination car chaque séquence se déroule devant ses yeux avec une minutie et un réalisme très maîtrisés. L’écriture est donc pour moi l’une des principales qualités de ce livre.

Je ne peux qu’imaginer le travail de recherche et de documentation colossal effectué par l’auteur pour parvenir à un résultat aussi convaincant. Le dépaysement est total et parfaitement crédible.

 

Pour qui ? 

 

Les suppliciées du Rhône est destiné à un public plutôt adulte car certaines scènes macabres pourront choquer les âmes un peu sensibles.

 

Verdict ?

 

Du sombre, du glauque, de la misère et le croisement de trois histoires : le premier chapitre est une entrée en matière fort réussie. Et qui donne fortement envie de poursuivre la lecture.

Le premier tiers du roman pose le cadre : les personnages, le premier crime et surtout l’atmosphère générale du roman. J’ai trouvé cette première phase un peu lente, après l’excitation des premières pages.

Puis, le rythme s’accélère. Déjà, certains masques tombent et certaines interrogations font surface. Un climat lourd de suspicion s’installe. L’auteur introduit là une nouvelle dimension à son oeuvre : la psychologie. Des personnages mais aussi de leur rapport à l’enquête, à la mort et au secret.

Entre confusion et complexification de l’intrigue, le lecteur arrive un peu étourdi au dénouement sans savoir ce qui l’attend. Et c’est tant mieux !

En conclusion, j’ai aimé Les suppliciées du Rhône pour trois raisons. Avant toute chose pour l’écriture et l’atmosphère qui sont parfaitement maîtrisées. Ensuite, parce que j’ai trouvé fascinante la dimension historique. J’ignorais tout des débuts de la médecine légale et j’ai aimé en découvrir plusieurs facettes en lisant ce livre. Enfin, parce que le dénouement était convaincant et le suspense bien maintenu jusqu’à la fin.

 

Les suppliciées du Rhône a reçu le Prix du roman Kobo by Fnac – Préludes – Le Point.

 

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Lu en avril-mai 2019

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