Grand Prix des Lectrices Elle | Lectures

Coup de coeur pour Ma dévotion de Julia Kerninon

14 décembre 2018

Ça y est ! Je tiens enfin mon coup de coeur de cette rentrée littéraire 2018 : Ma dévotion de Julia Kerninon. Publié au Rouergue, ce bijou de 304 pages m’a totalement captivée, bouleversée, émue. L’histoire comme l’écriture m’ont régalée et je ne peux que vous en conseiller la lecture. Sublime !

 

Pourquoi ce livre ?

 

Ou plutôt grâce à qui ? Un immense merci au Jury de Décembre du Grand Prix des Lectrices Elle 2019 pour ce merveilleux choix. J’ignore si je serais spontanément allée vers ce livre ou même s’il serait apparu sur mon radar. Toujours est-il qu’il aurait été vraiment dommage de passer à côté. Vous le sentez mon enthousiasme débordant ?

 

Ca raconte quoi ?

 

Quand Helen et Frank se croisent sur un trottoir de Londres après plus de vingt ans, le passé resurgit. Dans une ultime confession, Helen retrace le fil de leur vie et de leur relation indéfinissable. Réflexion sur les ressorts de l’amour et sur la délicate frontière entre amour et amitié, Ma dévotionexplore sur plus de cinquante ans la trajectoire de deux individus qui se seront aimés. Peut-être différemment, peut-être mal, mais n’y a t-il qu’une forme d’amour qui vaille ? Ses lâchetés et son égoïsme à lui, sa naïveté et son incapacité à dire les choses à elle auront conduit ces amants maudits à passer à côté de l’amour vrai pour l’un et à oublier de vivre pour l’autre. Jusqu’à cette bouleversante confession sur un trottoir de Londres. Quand les mots tus durant toute une vie libèrent enfin celle qui les prononce. Mais arrivent trop tard … 

Jusqu’où peut mener la dévotion à l’autre ? Peut-on trop aimer ?

 

 

La quatrième de couverture

 

«Quelle est la nature du sentiment qui lia toute sa vie Helen à Frank ? Il faut leurs retrouvailles, par hasard à Londres, pour qu’elle revisite le cours de leur double existence. Elle n’espérait plus le revoir – tous deux ont atteint les 80 ans – et l’on comprend qu’un événement tragique a mis fin à leur relation. Dans un retour sur soi, la vieille dame met à plat ces années passées avec, ou loin, de Frank, qu’elle aida à devenir un peintre célèbre. Une vie de femme dessinée dans toutes ses subtilités et ses contradictions. Dans ce quatrième roman, Julia Kerninon, qui a obtenu de nombreux prix pour ses précédents livres, déploie plus encore ses longues phrases fluides et imagées, d’une impeccable rythmique».

 

Verdict

 

J’ai lu Ma dévotion en moins de deux jours. C’est simple, je n’ai pas pu le poser. Je l’ai littéralement dévoré, sans cesser une seconde de me délecter de cette plume incroyable. 

Tout m’a plu dans ce roman dense et puissant. L’histoire, l’écriture, le rythme, les changements de décor de Rome à Amsterdam, les personnages. Ces derniers sont complexes, tantôt pathétiques, tantôt profondément attachants. Leurs descriptions sont tellement crédibles que l’on a l’impression de les avoir toujours connus.

Et que dire de cette histoire, belle et tragique, vécue sur la ligne de crête entre amitié et amour ? 

Un cœur de cœur absolu !

 

Et le style dans tout ça ?

 

Je découvrais pour la première fois l’écriture de Julia Kerninon. Et le moins que l’on puisse dire est que je suis conquise ! Des phrases subtiles mais d’une puissance incroyable qui en quelques mots parviennent à tout dire. Des séquences courtes aux phrases longues, narrées avec une impressionnante virtuosité, qui font se dérouler le film de la vie de Helen et Frank en s’en tenant à l’essentiel mais sans que le lecteur ait pour autant l’impression de survoler l’histoire. Sans parler de la délicatesse infinie de certains passages …

Bref, j’ai vraiment beaucoup aimé le style d’écriture de Ma dévotion.

 

Pour quel public ? 

 

Plutôt un public adulte, en raison de certains passages un peu difficiles en début de roman.

 

Mes citations ou passages préférés

 

En réalité, il y en aurait beaucoup plus mais certains passages vous dévoileraient certaines parties de l’histoire et je préfère ne pas vous gâcher le plaisir de les découvrir vous-mêmes au fil des pages …

 

«Réunis autour de la table, il y avait donc nos pères, voués à se déchirer, aimant mal nos mères, pédagogiquement inexistants, nos mères, désabusées, égoïstes, et dont la haine réciproque semblait déjà un lustre illuminant la table d’une lumière crue» (p.35).
 
« On ne fait pas d’art avec l’assentiment de ses parents, allais-je écrire quelques mois plus tard en ouverture de mon premier essai. L’art, c’est une chose qu’on fait toujours contre tout, c’est un luxe qu’on se paye, jamais un loisir que d’autres nous offrent» (p.64).
 
«À présent que j’entre dans mes dernières années, pour la première fois je me pose sérieusement la question. Et je ne me souviens que du plaisir intense de ces jours-là, les jours enfermés avec moi, à travailler, la nuit, la journée, et l’excitation des pages entassées, le bloc dense le dernier matin, la joie du travail accompli, la relecture, une tasse de café brûlant à portée de main, et plus tard la couverture imprimée, soyeuse sous les doigts. Toute ma vie. Du papier» (p.66).
 
«Quand je t’ai connue je n’avais encore jamais aimé personne. Toi non plus. Toi toujours pas. Tout ton amour fond comme neige au soleil dans le travail alors j’essaie de travailler et de te comprendre, Helen» (p.73).

 

«Le tableau absorbait littéralement l’espace, on ne voyait que lui, nous étions devant le tableau mais aussi dedans, avalés. Je pensais aux cerisiers en fleur dans les giboulées d’avril, quand en quelques heures un arbre laisse tomber au sol un épais tapis rose, je me sentais comme un de ces cerisiers, les bras m’en tombaient, et tu étais à côté de moi, tu avais repris dans ta main une tasse de café froid et tu t’allumais une cigarette et me scrutais, pas tant pour connaître ma réaction que pour en jouir pleinement, parce que tu savais très bien ce que tu venais de faire. Tu étais parvenu à rendre le contenu de ta tête visible au monde. Tu avais enfin réussi à te faire entendre» (p.90).
 
«La journée, nous passions des heures en voiture dans la campagne ensoleillée, mes pieds posés sur le tableau de bord, toi torse nu avec un short et des tennis. Nous visitions des églises, achetions du vin, mordions passionnément dans des tomates crues, seuls au monde. J’aurais voulu que ça n’ait jamais de fin» (p.99)
 
«Rien n’a changé, pour nous – si ce n’est que nous sommes devenus des menteurs» (p.111).
 
«Quelque chose de toi, bien sûr, est présent dans tous mes livres, mais je n’ai jamais écrit directement à ton sujet – peut-être parce que l’idée de te réduire à un livre m’apparaissait comme indigne de toi » (p.127).
 
«L’explication la plus simple, je le sais aujourd’hui, pourrait se résumer ainsi : c’était les grands moyens, mais je n’avais pas prévu que tu ne me retiendrais pas» (p.147).
 
« Comme la plupart des gens, lors ce que j’ai commencé à me détacher de cette histoire d’amour, j’en ai imputé la responsabilité d’abord à mon partenaire, j’ai puisé aux riches heures des premiers temps pour ciseler des armes sournoises, taillées dans la matière même de notre entente, et donc d’une efficacité inégalable pour la défaire. J’ai retourné ses mots comme ma veste, je l’ai provoqué, humilié, j’ai tout fait pour lui essorer des larmes, j’ai brûlé ce que j’avais aimé, parce qu’en quittant quelqu’un nous cherchons souvent d’abord à dire adieu à une version de nous qui en est venue à nous sembler trop étroite, trop usée, et nous nous débattons violemment pour nous en extraire comme d’une venimeuse tunique de Nessus» (p.166).
 
«On ne voit jamais aussi bien la beauté d’une forêt qu’on se tenant à sa lisière, lorsque le regard peut croire en embrasser la pleine profondeur, distinguer les rayons de lumière poudrée plongeant à travers les rameaux, et celle-ci avec quelque chose de primitif, avec ses pins de Douglas immenses, ses chênes centenaires parmi lesquels je m’attendais à toute instant à voir apparaître des guerriers vêtus de lourdes fourrures et d’armes hérissées» (p.220).
 
«Lorsque quelqu’un est aussi discret que moi, personne imagine qu’il puisse avoir un tempérament passionné. Les gens pensent que ma personnalité est un genre de bruit blanc, que le silence ce que je fais en société est l’écho de celui qui résonne, depuis toujours, dans l’espace clos de ma tête, sous les cheveux coiffés. Mais, je le sais mieux que personne, il ne faut pas juger un livre à sa couverture» (p.253).

 

Retrouvez l’intégralité de la sélection de décembre du Grand Prix des Lectrices Elle ici !

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