Lectures | New York

City on Fire de Garth Risk Hallberg : un mastodonte déroutant

22 juillet 2017

Dense. Violent. Démesuré. Etonnant. Lourd. Profond. Déroutant. Perturbant … Autant d’adjectifs qui décrivent bien City on Fire, un livre vraiment particulier à bien des égards. 

 

Pourquoi ce livre ? 

 

Ca faisait plusieurs mois que ce prix des lecteurs 2017 était sur ma liste et même sur mes étagères. Les 1 230 pages m’ont convaincue d’attendre le bon moment pour m’y attaquer. Et quel meilleur moment que le coeur de l’été ? J’ai voulu le lire parce que la ville de New York, dans laquelle j’ai vécu, était pour ainsi dire l’un des personnages principaux.  L’intrigue elle-même paraissait prometteuse : des coups de feu, un mystère, différents milieux sociaux, et des destins qui se croisent et se recroisent.  Le tout situé à la fin des années 70. Donc, à une période charnière pour la jeunesse américaine.

 

Quatrième de couverture 

 

« 31 décembre 1976. New York se prépare pour le réveillon. Chez les Hamilton-Sweeney, Felicia accueille financiers et mondains tandis qu’à l’autre bout de la ville, dans le Lower East Side, Charlie attend Samantha pour assister à un concert punk. À quelques encablures de là, dans Hell’s Kitchen, Mercer Goodman tourne et retourne un délicat carton d’invitation. Et s’il se rendait à la réception des Hamilton-Sweeney pour retrouver Regan, cette sœur que William, son amant, lui a toujours cachée ? Bientôt, des coups de feu retentissent dans Central Park. Une ombre s’écroule dans la neige.
Comment ces personnages sont-ils tous reliés à ce drame ? Alors que rien ne les prédestinait à se rencontrer, leurs histoires ne vont cesser de se croiser jusqu’au blackout du 13 juillet 1977 à New York ».

 

Vous pouvez commencer le livre sur le site de l’éditeur en cliquant ici

 

Mon verdict …

 

On ne dira jamais à quel point l’appréciation d’un ouvrage est une démarche subjective. Je vous livre donc ici mon ressenti. D’autres auront peut-être un regard totalement différent et ce serait parfaitement normal. D’ailleurs si vous avez lu ce livre, je serais curieuse de recueillir votre avis : n’hésitez pas à me laisser un commentaire.

 

Les vrais points forts de ce livre (et il y en a beaucoup !)

 

  • D’abord, ce livre ne ressemble à rien de ce que j’ai pu lire récemment. Il se distingue par une grande singularité mais je ne suis pas certaine de savoir mettre le doigt sur ce qui le rend si particulier. Les allers-retours dans le temps ? Non, on voit ça souvent. Les morceaux de journaux intimes, de coupures de presse ou les illustrations que l’on retrouve à plusieurs reprises en plein milieu de la progression narrative ? Oui, peut-être. J’ai en tout cas trouvé cela assez étrange. Les thèmes abordés ? La longueur du texte ? La complexité de la trame ? Je pense que c’est un mélange de tout cela. 
 
  • Ensuite – et j’aurais dû commencer par là – je trouve que c’est remarquablement écrit. Je l’ai lu en français et franchement, il faut saluer le travail impressionnant d’Elisabeth Pellaert, la traductrice. Il y a des passages entiers d’une intensité fulgurante. Jusqu’à ressentir presque physiquement la violence qui se dégage du texte. En tout cas, tout sonne parfaitement juste. 
 
  • Ce qui m’amène aux personnages. Tout y est ou presque : le magnat de la finance, la seconde épouse vénale et son frère démoniaque, l’héritier homosexuel et junkie, la bande de punks désœuvrée et pseudo révolutionnaire , le gamin des cités qui se retrouve emporté dans quelque chose qui le dépasse, la riche fille à papa anorexique et trompée, le jeune prof noir idéaliste qui vient du sud des États-Unis, la fille d’un immigré italien, le journaliste en quête de sens, le vieux flic infirme qui n’arrive pas à raccrocher … Les personnages sont d’une grande crédibilité et la psychologie de chacun qu’entre eux est assez merveilleusement décrite. Avec City on Fire, on plonge dans une atmosphère décalée, un peu glauque voire parfois complètement Et pourtant, il se passe quelque chose. Encore une fois, ça sonne juste.
 
  • Quelques mots de New York, omniprésente dans l’évocation de ses quartiers, de ses excès et de ses opportunités. Chaque personnage a son propre rapport à la ville et j’ai trouvé cet angle subtilement et intelligemment abordé. Il est vrai que New York, personnage à part entière, est un ensemble composite. S’y retrouvent et évoluent des personnes d’horizons, de positions sociales et de personnalités variés. Garth Risk Hallberg le fait particulièrement bien ressortir. 

 

Mes quelques bémols

 

  • Ce livre n’a rien de léger au sens propre comme au sens figuré.
 
  • D’abord, l’édition poche fait plus de 1 200 pages et cela se sent. Même si je n’ai à aucun moment envisagé de décrocher, il y a quelques longueurs. Des passages pas vraiment indispensables qui alourdissent encore un livre dont l’histoire est déjà pesante.
 
  • Car oui … ce livre est violent dans les thèmes qu’il aborde. Beaucoup de noirceur, de tourment, de décadence, de violence. Un peu trop de drogues, de sexe et d’alcool à mon goût. La propension à l’autodestruction des personnages est omniprésente et sans doute un peu too much. Mieux vaut le lire l’été quand tout va bien dans votre vie car vous n’allez pas en tirer un remède contre le stress ou la sinistrose.
 
  • Ensuite, j’ai trouvé que l’auteur abusait un peu des bonds dans le temps (passé et futur). À petite dose c’est sympa et donne du relief mais à la fin, j’en avais un peu le tournis et j’ai trouvé que ça rendait confus le dénouement. Un peu dommage.
 
  • Le dénouement, parlons-en ! L’intrigue est complexe et l’enchevêtrement des personnages fort habillement amené. Le livre est une montée en puissance. Ça démarre doucement, ça s’accélère tout en maintenant une tension et un suspense total et puis … Pouf. La fin arrive et vous laisse songeuse. Mon sentiment a été : « tout ça pour ça… ». Je m’attendais à autre chose pour la fin. Le début était vraiment très prometteur et je reste un peu sur ma faim.

 

Quelques citations et morceaux choisis

 

Les premiers mots du livre

 

« À New York, on peut tout se faire livrer. Du moins, je me fie à ce principe. C’est le milieu de l’été, le milieu de la vie ».

 

Sur New York
 
« Comme si les rêves se résumaient à des articles référencés dans un catalogue d’expériences disponibles.  Curieusement, cependant, la possibilité de satisfaire son moindre désir – la profusion qu’offre à profusion la ville aujourd’hui – tend à vous rappeler que ce dont vous avez réellement faim, c’est précisément ce que vous ne trouverez jamais là-bas».
 
« Car si les faits indiquent quelque chose, c’est que la Ville unique et monolithique n’existe pas. Ou si elle existe, elle est la somme de milliers de variations qui toutes rivalisent pour occuper le même lieu géographique. »

 

Sur l’amour 

 

« L’amour, ainsi que Mercer l’avait compris jusqu’ici, entraînait d’immenses champs gravitationnels de devoirs et de réprobation pesant sur les parties concernées, transformant la conversation la plus banale en lutte acharnée pour parvenir à respirer ».
 
« L’amour, c’est l’angle mort de tout le monde».

 

Sur ses racines

 

« Ses yeux virent une maison toute simple, au toit de tôle, pâle dans le crépuscule. Elle aurait pu appartenir à d’autres, si il n’y avait pas eu ces effets compliqués qu’elle provoquait dans son cœur ».

 

Divers

 

« Ce manquement avait été rapidement englobé dans le vaste univers de ses fautes ».
 
« L’automne dernier, quand j’ai commencé à remarquer les peintures à la bombe qui s’étalaient partout, j’avais toujours cette peur qu’elles disparaissent aussitôt, comme un Polaroïd à l’envers, alors j’ai voulu en garder la trace, la preuve que pendant une minute brûlante la vie et l’art s’étaient rapprochées jusqu’à se toucher ».

 

« C’était comme une balançoire dans laquelle elle volait toujours plus haut, sans le truchement d’aucun mécanisme, sinon le désir d’un ciel toujours plus vaste ».
 
« Il y avait une période, juste entre le moment où le désastre irrémédiable se profilait et celui où il se fracassait contre la coque de votre vie, qui touchait au plus près à la pure liberté. Les décisions fatales avaient toutes été prises par quelqu’un qui appartenait à l’histoire, un vous qui n’existait plus. Tout comme le vous qui allait devoir les assumer ne ressemblait plus que de loin au vous que vous étiez à présent ».

 

Citations d’autres auteurs figurant dans le livre 

 

« Le réveil imminent se tient prêt, comme le cheval de bois grec, dans la Troie des rêves… »  – Walter Benjamin, Les passagers parisiens.
 
« Nous écoutons le souffle, errant dans les ténèbres, dont frissonne l’obscurité et par moments, perdus dans les nuits insondables, nous voyons s’éclairer de lueurs formidables, la vitre de l’éternité » – Victor Hugo, Les contemplations.

 

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