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Couleurs de l’incendie de Pierre Lemaître : une suite magistrale à Au revoir là-haut

9 février 2018

Au revoir là-haut avait été mon coup de coeur de 2014. Rappelez-vous, je vous en parlais déjà en des termes très élogieux ici. J’avais donc un peu peur d’être déçue par une suite. J’avais tort car ce livre est une très grande réussite. Un petit bijou publié chez Albin Michel qui confirme selon moi l’immense talent de Pierre Lemaître.

 

Pourquoi ce livre ?

 

Parce que totalement bouleversée et conquise par Au revoir là-haut, je ne pouvais pas résister à l’idée de me plonger dans la suite de l’histoire. En plus, j’adore le titre et le style de Pierre Lemaître. Je l’ai donc acheté à sa sortie, sans même prendre le temps de lire de quoi il allait être question.

 

Ça raconte quoi ?

 

Et justement … ça raconte quoi cette suite ? Pour ne pas gâcher le plaisir de ceux qui n’auraient pas encore lu Au revoir là-haut (mais qui devraient sérieusement y penser), disons simplement que si Couleurs de l’incendie est une suite, elle peut tout à fait se lire séparément du premier opus. En effet, ici, on retrouve Madeleine Péricourt, en protagoniste, lorsque débute l’histoire dans le Paris des années 20, le jour de l’enterrement de son père. Souvenez-vous, le banquier patriarche Marcel Péricourt. C’est Madeleine que l’on va suivre dans cette période d’entre deux guerres. De grandeur en décadence, le lecteur la verra évoluer et passer d’une naïveté confondante à une intelligence fine mise au service d’une implacable vengeance. Le livre est dense et beaucoup de thèmes s’entre-croisent : crise financière, déclassements et ascensions sociales, petites magouilles politiques et domestiques, amitiés improbables, alliances de circonstances, trahisons ou encore montée du nazisme. 

  

Quatrième de couverture

 

« Février 1927. Le Tout-Paris assiste aux obsèques de Marcel Péricourt. Sa fille, Madeleine, doit prendre la tête de l’empire financier dont elle est l’héritière, mais le destin en décide autrement. Son fils, Paul, d’un geste inattendu et tragique, va placer Madeleine sur le chemin de la ruine et du déclassement.
Face à l’adversité des hommes, à la cupidité de son époque, à la corruption de son milieu et à l’ambition de son entourage, Madeleine devra déployer des trésors d’intelligence, d’énergie mais aussi de machiavélisme pour survivre et reconstruire sa vie. Tâche d’autant plus difficile dans une France qui observe, impuissante, les premières couleurs de l’incendie qui va ravager l’Europe ».    

 

Et le style ?

 

Que j’aime la plume de Pierre Lemaître ! Surtout cette capacité incroyable à nous plonger, visuellement, dans l’histoire, dans chaque détail et chaque recoin de la personnalité des personnages. Le style est précis et fluide. Il n’y a ni lourdeurs ni longueurs et l’on tourne les pages avec délectation. Puis, on arrive au dernier chapitre. Forcément tristes, car on en redemanderait encore !

 

Verdict

 

Quel livre ! Je le disais en préambule, j’ai beaucoup appréhender cette lecture, en même temps que l’attendais. À trop aimer certains livres, on a parfois peur de la déception, du réchauffé ou de l’ennui. Ici, rien de tout cela. Ce livre pourrait se suffire à lui-même. Il est dense, puissant, particulièrement bien rythmé et bien écrit.

Pierre Lemaitre a le génie des intrigues prenantes mais surtout celui de donner vie à des personnages pleins de relief, de réalisme et souvent de vices et de noirceur. Il y a toute la palette des émotions humaines dans ce livre, toutes les anfractuosités de l’âme.

   

Pour qui ?

 

Tout public, plutôt adulte

 

Que lire de cet auteur ?

 

 

Mes citations et passages préférés

 

« Plus vous êtes respectueux avec les subordonnés, plus ils vous craignent, disait-il, ils sont impressionnés, ils se sentent presque menacés par cette politesse, c’est une loi de la psychologie ».

 

« C’était inouï. Mais ce qui le fut plus encore, c’est que la salle se trouva comme hypnotisée dès les premiers instants par la voix tragique de Solange exprimant la passion, le regret, la solitude. Qui avait été un jour passionnément amoureux, jaloux ou abandonné ne pouvait être qu’être terrassée par cette voix ». 
 
« On lui faisait, ici et là, toutes sortes de cadeaux. Cela commença par un dessus de cheminée en bronze monumental représentant une chasse à courre. Sa chambre de bonne étant trop exigüe pour l’accueillir, il refusa. Par manque de place, il passa pour incorruptible. André Delcourt était en passe de trouver son style ».
 
« Elle descendit les marches. Elle se sentait fragile, ressentait un creux dans la poitrine. Il ne lui restait plus qu’à constater le champ de ruines sur lequel maintenant il lui faudrait vivre ». 

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