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Des diables et des saints de Jean-Baptiste Andrea : un roman éblouissant

8 juin 2021

Ça y est … je tiens enfin mon coup de coeur de l’année 2021 ! Rien de moins que cela. J’ai en effet été emportée, émue, conquise par Des diables et des saintsle magnifique roman de Jean-Baptiste Andrea publié aux Éditions L’iconoclaste. Lisez-le !

Je l’ai tellement aimé que je l’ai acheté pour le garder dans ma bibliothèque (je l’avais initialement emprunté à la médiathèque) et je l’ai déjà offert deux fois. Un roman à lire et à garder donc !

 

Pourquoi ce livre ? 

 

C’est grâce à une chronique d’Olivia de Lamberterie sur Télématin que ce livre est apparu sur mon radar. Puis, je l’ai vu passer chez de nombreuses blogueuses et leurs chroniques plus qu’élogieuses m’ont convaincue de l’ajouter à ma liste.

 

Ça raconte quoi ? 

 

Qu’est-ce-qui pousse Joseph, dit Joe, un vieux pianiste virtuose à se produire inlassablement sur les pianos des gares et des aéroports ? Pourquoi toujours Beethoven ? Et pourquoi dans ces lieux de passage quand il pourrait aisément faire salle comble dans les plus beaux concert halls du monde ?

Dès les premières pages, le narrateur interpelle le lecteur. Immédiatement, notre intérêt est capté par ce vieux Monsieur qui déroule les questions pour mieux nous inviter à plonger dans son passé pour y trouver les réponses.

Joe nous propulse donc plusieurs décennies en arrière, dans sa vie confortable et rangée qu’un drame vient du jour au lendemain totalement bouleverser. Nous le suivons à la frontière franco-espagnole dans les Pyrénées, à l’orphelinat pour garçons « Les Confins ». Lugubre, sinistre, spartiate, cette institution perdue dans un coin reculé est dirigée de main de maître par un religieux manipulateur. Sous couvert d’une mission d’éducation, cet être noir qui excelle dans l’art de l’humiliation et de la punition fait régner une forme de terreur parmi les orphelins.

Face à la dureté de sa nouvelle vie et à l’adversité, Joe va devoir trouver en lui, dans sa musique, et au contact de ses pairs les ressources pour survivre et se construire malgré tout.

En résumé, Des diables et des saints nous parle d’une enfance contrariée, des soubresauts de l’existence, de la face sombre des orphelinats, d’intégrisme religieux, de maltraitance et de trahisons. Mais il est aussi question d’amitié, de solidarité, de la naissance du sentiment amoureux, de persistance et d’évasion par le rêve. C’est enfin un magnifique hymne à la musique et à la place importante qu’elle peut tenir dans une vie.

 

La quatrième de couverture

 

 

Et le style dans tout ça ? 

 

Éblouissant !

Ce roman est un bijou. On rentre dedans dès les toutes premières lignes et on dévore chaque page. C’est simple, même avec un bébé de trois mois, j’ai réussi à lire Des diables et des saints en deux jours. Impossible à lâcher !

Tout y est : le rythme, des chapitres assez courts, aucune longueur et une plume envoûtante. Des phrases qui vous figent sur place par leur beauté. Des passages entiers qui vous émeuvent, vous font trembler, vous font sourire. Les mots me manquent pour décrire la palette des émotions que j’ai pu ressentir en lisant ce livre et pour rendre justice à la justesse de cette écriture.

Pas de doute : j’ai vraiment eu un coup de coeur !

 

Verdict 

 

C’est bien simple, Des diables et des saints m’a totalement subjuguée. Il m’a attrapée dès les premières lignes et je n’ai pas pu le lâcher par la suite.

J’ai tout aimé, à commencer par l’écriture de Jean-Baptiste Andrea, qui est d’une beauté éblouissante. J’ai aimé le rythme, les nuances, l’histoire triste et pourtant lumineuse de Joseph. On aurait pu craindre une fin trop prévisible, un tableau trop noir ou, comme souvent hélas, une surenchère dans les horreurs décrites. Pourtant l’auteur reste sur la ligne de crête et ne tombe dans aucun des excès que l’on aurait pu imaginer. C’est tout à son honneur. Tout est maîtrisé, calibré et sonne donc parfaitement juste.

Oui, cette histoire est dure mais j’en retiendrai surtout certains passages d’une grande tendresse qui m’ont tantôt fait sourire, tantôt serré le coeur. Tout comme je garderai longtemps en mémoire ces personnages attachants, bruts de décoffrage, capables même dans la plus grande noirceur de se préserver des espaces pour rêver et s’évader. Un concentré d’humanité, dans tout ce qu’elle a de plus abjecte comme de plus noble.

 

Citations choisies 

 

« Je touche le clavier. L’arpège furieux, les accords, presto agitato. Le troisième mouvement, pas celui que vous avez demandé, je n’aime pas ce qui est prévisible. Vos lèvres se rétractent. Vos pupilles changent de taille, un drogué qui respire de nouveau après une injection d’adrénaline. À la fin, vous restez silencieux. Longtemps. Vous avez pris une tornade en pleine figure, et mille autre avant vous. Elle vous a soulevé, essoré, reposé au même endroit. Vous n’en revenez pas d’être vivant. Vous ne direz plus jamais ‘banal ». Je sais ce que vous ressentez. On n’entend pas un génie devenir sourd sans une certaine émotion ». p.13

« Quand on croise un enfant qui titube sous le poids d’un cartable ou un vieux qui peine à tirer une valise, on se précipite pour les aider. Ces gamins-là (…) personne n’avait jamais offert de porter leur colère. On les laissait buter contre les trottoirs, et on regardait ailleurs. Tant pis s’ils tombaient. Ça valait mieux que d’être écrasé par ce qu’ils charriaient. Ils étaient durs, ils étaient drôles, ils étaient sans victoires. Mes amis. Les soirs de tristesse, les soirs de vin aigre, je pense encore à eux ». p.95

« Toute cette affaire, la crucifixion et la suite, les cathédrales qui piquent le ciel, les controverses, les bûchers, les ongles qu’on arrache et les auréoles qu’on accorde – souvent aux mêmes -, n’est peut-être qu’un gigantesque malentendu. Si Dieu est sourd, il faut lui pardonner. Lui pardonner, pas à moitié, nos jours blessés et nos coeurs éclopés « . p.105

« Depuis ce jour-là, le gosse aux yeux d’Oran, le pêcheur d’oursins, à la parole comptée, Momo et moi, ce fut à la vie, à la mort. Il était mes larmes, je devins sa voix ». p.123

« Cette haine fut le premier secret que nous partageâmes, une fondation solide sur laquelle nous bâtirions le reste, murs de mépris, tourelles d’indifférence, mâchicoulis, poterne, contrescarpe de dédain, de mesquinerie, de colère ravalée, une forteresse d’ombrage et de ressentiment qui s’effondrerait six mois plus tard au premier souffle de vent, preuve qu’elle n’était pas si solide après tout ». p.144

 

« Tout ce dont je m’apprêtais à parler sur le ton apaisé d’un qui chemine avec confiance vers l’état de quiétude et d’émerveillement se présente aujourd’hui dans une lumière crue et cruelle, une lumière d’aube livide et d’exécution capitale dont je ne peux m’empêcher de croire qu’elle est vraie, plus vraie que celle du grand jour qui chasse les mauvais rêves ».  p.195

 

« La neige ralentit nos mouvements, nos coeurs, nos haines. Sauf celle que Rose et moi éprouvions l’un pour l’autre, cette haine qui nous réunissait tous les samedis, radioactive, nucléaire, ce globe radieux contre lequel le froid ne pouvait rien. Elle me tint chaud tout l’hiver ». p.263

« Voyager. Elle voulait voir des palais incas sous la pluie, mâcher des champignons amers qui faisaient devenir aigle, loup, belette, mordre à pleines dents dans des citrons givrés un matin de Sicile, faire la grimace, tout recracher, s’embraser les poumons d’un air de banquise, offrir sa gorge pâle à la gueule des volcans ». p.296

 

 

Lu entre Paris et Turin – 17 mai 2021

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