Une rose seule
Japon | Lectures

Une rose seule de Muriel Barbery : une immersion onirique à Kyoto

26 mai 2021

Après Retour à Martha’s Vineyard, la semaine passée, « retour à Kyoto » cette semaine avec l’excellent Une rose seule de Muriel Barbery. Une sublime immersion sensorielle dans le Japon éternel. Page après page, j’ai retrouvé par magie les sensations éprouvées lors de notre voyage à Kyoto. Muriel Barbery a su capter et retranscrire à la perfection l’âme de Kyoto. Servie par une langue exceptionnelle de maîtrise et de poésie, ce court roman sur la découverte de soi est un hymne à la beauté, aux fleurs, à l’ailleurs. Le livre est publié chez Actes Sud.

 

Pourquoi ce livre ? 

 

J’ai su qu’il fallait que je lise Une rose seule, lorsque j’ai entendu Muriel Barbery en parler dans la Grande Librairie il y a quelques mois de cela. Et parce que l’idée de retrouver Kyoto me plaisait.

 

Ça raconte quoi ? 

 

Rose, quarante ans, se rend à Kyoto, au Japon, pour la lecture du testament du père qu’elle n’a jamais connu. Baladée de temple en cimetière, de jardin en sanctuaire selon un itinéraire prévu par le défunt, elle découvre l’art de vivre à la japonaise en compagnie de son guide. Une manière pour cette dépressive en quête d’elle-même de trouver la paix intérieure, au contact des fleurs et de la beauté environnante.

 

La quatrième de couverture

 

 

Et le style dans tout ça ? 

 

Instant confession : je fais partie des rares personnes qui n’ont pas aimé L’élégance du hérisson. Entendons-nous bien : l’histoire m’avait touchée et le livre était bien écrit. Trop bien écrit, en fait.

En effet, j’avais trouvé que l’enchaînement de phrases ultra-travaillées donnait au style un caractère bien trop pompeux. Vous le savez, j’adore les jolies phrases. J’aime que l’on prenne le temps de choisir les bons mots et d’écrire dans une langue élaborée. Mais ce qui m’avait franchement agacée, c’était cette démonstration de belle écriture qui faisait passer l’histoire totalement en second plan (de mon point de vue). Trop de perfection stylistique m’avait irritée (c’est un comble !) et m’avait laissée sur une impression globalement négative.

En entamant la lecture d’Une rose seule, j’ai eu très peur de ressentir exactement la même chose. Dès les premières pages, j’ai retrouvé cette langue extrêmement maîtrisée et cette cascade de belles phrases. Une forme de lyrisme agréable, mais un peu too much ? Oui et pourtant … Dans ce livre, ça fonctionne.

Pourquoi ? Parce que le sujet se prête parfaitement à cette forme d’écriture très travaillée et poétique. La délicatesse qui est retranscrite mérite ces nuances et ce rythme.

Bref, ce qui m’avait irritée dans « le hérisson » m’a totalement transportée dans ce livre. Comme quoi, il ne faut pas rester sur une impression négative.

 

Verdict 

 

L’histoire en elle-même n’a rien pour surprendre. Il s’agit d’une quête somme toute assez banale des origines pour atteindre plénitude par la découverte de soi. Tout est dit dès le départ et le contrat avec le lecteur est bien respecté.

Mais la vraie raison d’être de ce livre est pour moi ailleurs … Une rose seule est une immersion au sein d’un univers sensoriel et onirique qui transporte le lecteur. Un Kyoto enivrant à l’ambiance presque mystique, que j’ai eu un plaisir infini à redécouvrir sous la plume de Muriel Barbery.

Cette plume justement, parlons-en ! Délicate, juste et d’une beauté incandescente. Ce très court roman est un bonbon pour qui apprécie l’incroyable richesse de la langue française, la mélodie des mots et les histoires pleines de poésie, narrées dans un style impeccable.

 

Citations choisies 

 

« Ce qu’il ressentait en contemplant la survivante ? Une tristesse en forme de gemme étincelante à laquelle se mêlaient des éclats d’un bonheur si pur, si intense, que son coeur défaillait ». p.10

 

« Elle se sentait assommée de beauté, de minéralité et de bois : tout lui était torpeur, tout lui était intense ; je ne peux pas revivre ça, se dit-elle avec un mélange de lassitude et d’effroi ». p.17

 

« À la nuit tombée, elle lisait des romans, de sorte que son âme était façonnée de sentiers et d’histoires. Puis, un jour, comme on perd un mouchoir, elle avait perdu sa disposition au bonheur ». p.22

 

« De fait, le restaurant était situé presque en face de la gargotte d’enfance et elle s’y trouva de nouveau en pays perdu, en rêverie de bois, en songe de vie enfouie ». p.52

 

 » La vie est transformation. Ces jardins sont la mélancolie transformée en joie, la douleur transmuée en plaisir. Ce que vous regardez ici, c’est l’enfer devenu beauté ». p.69

 

« Alors, elle revit le jardin de pierres et de sable ceint de murs d’or et pensa : Les murs ne sont rien sans le jardin, le temps des hommes sans l’éternité du don ».  p.113

 

« Rose, le monde est comme un cerisier qu’on n’a pas regardé pendant trois jours ». p.152

 

 

Lu à Saint Germain en Laye et fini à Turin – Mai 2021

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