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La panthère des neiges de Sylvain Tesson : l’éloge de l’affût

16 juin 2021

Le denier récit d’aventure de Sylvain Tesson nous emmène au Tibet, à la recherche d’un animal dont les apparitions sont si rares qu’elles en revêtent un caractère presque sacré. La panthère des neigespublié chez Gallimard, a reçu le Prix Renaudot 2019.

Un voyage dans un environnement hostile pour réapprendre à s’arrêter et à observer le monde qui nous entoure, sous la plume toujours envoûtante de Sylvain Tesson. En bref, un livre plein de qualités et plaisant mais que je n’ai sans doute pas lu au bon moment car il m’a peu enthousiasmée.

 

Pourquoi ce livre ? 

 

Comme tout ce que Sylvain Tesson écrit, j’ai su que je lirai La panthère des neiges dès sa sortie. Il m’a juste fallu trouver le temps, avec une PAL déjà très fournie et un tout petit bébé qui m’occupe beaucoup. C’est ainsi que je me suis retrouvée avec le livre entre les mains en pleine canicule au mois de juin. Pas tout à fait le meilleur moment pour apprécier les descriptions des grands espaces blancs dans les montagnes du Tibet ! Certes, mais il fallait absolument que je le lise …

 

Ça raconte quoi ? 

 

Sylvain Tesson, habitué des aventures extrêmes aux quatre coins de la planète et homme en perpétuel mouvement, suit son ami le photographe animalier Vincent Munier dans une aventure d’un genre nouveau au Tibet, sur les pas de la panthère des neiges. Il faudra faire preuve de patience, accepter de passer des heures à l’affût sans aucune garantie de voir le félin et survivre aux conditions météorologiques extrêmes. Un voyage initiatique qui offre à l’auteur l’occasion d’interroger notre rapport au beau et la grande fuite en avant que vivent nos sociétés modernes.

 

La quatrième de couverture

 

« – Tesson ! Je poursuis une bête depuis six ans, dit Munier. Elle se cache sur les plateaux du Tibet. J’y retourne cet hiver, je t’emmène.
– Qui est-ce ?
– La panthère des neiges. Une ombre magique !
– Je pensais qu’elle avait disparu, dis-je.
– C’est ce qu’elle fait croire. »

 

Verdict 

 

Pourquoi diable lire un livre écrit par -30° en pleine canicule au mois de juin ? Quelle idée farfelue, me direz-vous, et vous auriez bien raison. Car si j’ai apprécié La panthère des neigesje n’ai pas été emballée autant que je l’espérais.

L’ai-je lu au mauvais moment ? Peut-être… Étais-je dans le bon état d’esprit pour recevoir le message important que Sylvain Tesson nous livre dans ce récit ? Sans doute pas.

Alors, entendons-nous bien : l’écriture est toujours réussie. Belle, maîtrisée, au cordeau. Oui, j’aime toujours autant le style de Sylvain Tesson. Mais d’ordinaire, ses aventures me touchent, m’emportent, me fascinent … Or là, je dois avouer que j’ai peiné à rentrer dans celle-ci. Le propos était un peu trop délayé à mon goût. Certes, il y a quelques moments de grâce dans ce livre, comme la merveilleuse description de l’apparition de la panthère, mais ils ont pour moi été un peu trop rares.

Pourtant, je ne regrette pas cette lecture car le message sous-jacent de ce livre est important et selon moi bienvenu. Le lecteur connaisseur de l’oeuvre de Sylvain Tesson ne sera pas surpris de retrouver une thèse déjà soutenue dans plusieurs de ses ouvrages : la modernité sacrifie la beauté. « Appelons sens du beau la conviction jouissive de se sentir en vie ». L’homme du 21e siècle ne sait plus s’arrêter, être à l’affût, jouir de la multitude de petits miracles qui interviennent constamment autour de lui. Un constat implacable et désolant qui invite à la réflexion et qui interroge aussi, me semble t-il, sur le sens profond du voyage et de la découverte de l’autre et de l’ailleurs.

« J’avais appris que la patience était une vertu suprême, la plus élégante et la plus oubliée. Elle aidait à aimer le monde avant de prétendre le transformer. Elle invitait à s’asseoir devant la scène, à jouir du spectacle, fût-il un frémissement de feuille. La patience était la révérence de l’homme à ce qui était donné ». p.162

 

Citations choisies 

 

« C’était un art fragile et raffiné consistant à se camoufler dans la nature pour attendre une bête dont rien ne garantissait la venue. On avait de fortes chances de rentrer bredouille. Cette acceptation de l’incertitude me paraissait très noble – par là même antimoderne ».

 

 

« Désormais le Tibet dessinerait en moi la carte des souvenirs, moins précise que les Atlas, appelant davantage aux rêves, préservant le havre des bêtes ». p.27

 

 

« Toujours le point stérile du soleil dans son palais de glace. L’étrange sensation de tourner son visage vers l’astre et de n’en pas ressentir la caresse ». p.44

 

 

« Je courais la Terre et à chaque fois que je croisais une bête, c’était son visage évanoui qui m’apparaissait. Je la suivais partout. Quand Munier m’avait parlé de la panthère des neiges, sur les bords de la Moselle, il ne savait pas qu’il me proposait d’aller la retrouver. Si je croisais la bête, mon seul amour apparaîtrait, incorporé à la panthère. J’offrirais chacune de mes rencontres à son souvenir défait ». p.94

 

 

« Ce fut une apparition religieuse. Aujourd’hui, le souvenir de cette vision revêt en moi un caractère sacré ». p.106

 

 

« Ils paraissaient au spectacle, contredisant le dogme de leur soumission aux seuls mécanismes de la survie. Même le plus rationaliste des hommes n’aurait pu refuser le « sens du beau » à ces animaux. Appelons sens du beau la conviction jouissive de se sentir en vie ». p.128

 

 

« Pour elle, je regardais la bête de toutes mes forces. L’intensité avec laquelle on se force à jouir des choses est une prière adressée aux absents. Ils auraient aimé être là. C’est pour eux que nous regardons la panthère. Cette bête, songe fugace, était le totem des êtres disparus. Ma mère emportée, la fille en allée : chaque apparition me les avait ramenées ». p.140

 

 

« Nous étions nombreux, dans les grottes et dans les villes, à ne pas désirer un monde augmenté, mais un monde célébré dans son juste partage, patrie de sa seule gloire. Une montagne, un ciel affolé de lumière, des chasses de nuages et un yack sur l’arête : tout était disposé, suffisant. Ce qui ne se voyait pas était susceptible de surgir. Ce qui ne surgissait pas avait su se cacher ». p.145

 

 

« J’avais appris que la patience était une vertu suprême, la plus élégante et la plus oubliée. Elle aidait à aimer le monde avant de prétendre le transformer. Elle invitait à s’asseoir devant la scène, à jouir du spectacle, fût-il un frémissement de feuille. La patience était la révérence de l’homme à ce qui était donné ». p.162

 

Que lire de cet auteur ? 

 

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Lu à Saint Germain en Laye en juin 2021

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