Grand Prix des Lectrices Elle | Lectures

La vrai vie d’Adeline Dieudonné : un premier roman extrêmement prometteur

12 octobre 2018

Aujourd’hui, je vous parle de La vraie vie, d’Adeline Dieudonné, un premier roman percutant et très réussi publié aux Éditions L’Iconoclaste. Il faisait partie des trois livres de la sélection d’octobre du Grand Prix des Lectrices Elle 2019 (dont je vous parle ici très vite). Mais il m’a tellement plus que je lui consacre sa propre chronique ici. 

 

Pourquoi ce livre ?

 

Véritable événement de cette rentrée littéraire 2018, La vraie vie était sur ma liste de livres à acheter. Quand j’ai vu qu’il faisait partie de la sélection d’octobre du Prix Elle, je n’ai pas caché mon enthousiasme ! Avant de le lire, j’ai également vu l’interview de l’auteur par l’excellent François Busnel dans La Grande Librairie (à retrouver ici). Ça a achevé de me convaincre qu’il fallait lire ce livre !

 

Ca raconte quoi ?

 

Lorsqu’un terrible accident survient, Gilles, six ans, cesse soudainement de rire. Pour sa sœur de dix ans, cette situation est inacceptable. Toute son existence s’organise alors au regard d’un seul et unique but : rendre le sourire à son petit frère. Quoiqu’il en coûte et quels que soient les obstacles.

 

La quatrième de couverture

 

« Chez eux, il y a quatre chambres. Celle du frère, la sienne, celle des parents. Et celle des cadavres. Le père est chasseur de gros gibier. Un prédateur en puissance. La mère est transparente, amibe craintive, soumise à ses humeurs. Avec son frère, Gilles, elle tente de déjouer ce quotidien saumâtre. Ils jouent dans les carcasses des voitures de la casse en attendant la petite musique qui annoncera l’arrivée du marchand de glaces. Mais un jour, un violent accident vient faire bégayer le présent. Et rien ne sera plus jamais comme avant ».

 

 

Verdict

 

Avec La vraie vie, Adeline Dieudonné nous plonge dans le quotidien d’une famille dysfonctionnelle, au milieu d’une banlieue pavillonnaire sinistre. Un père violent, une mère effacée et insignifiante, un frère qui sombre progressivement dans le repli et la cruauté. Véritable OVNI dans cet environnement, notre héroïne, dont le prénom ne sera jamais révélé, livre sur plusieurs années un combat acharné pour effacer l’ineffaçable. Avec une naïveté enfantine et armée d’une détermination sans faille, elle ne recule devant rien, fait feu de tout bois, rebondit sans cesse et lutte inlassablement …

Si avec l’entrée dans l’adolescence, notre héroïne grandit et évolue, rien n’entame son courage ou ne la dévie de son objectif. Gagner n’est pas une option, c’est aussi une question de survie.

Percutant, violent mais pourtant subtil, ce livre vous agrippe, vous choque, vous attendrit et ne relâche son emprise sur vous qu’une fois la toute dernière page terminée.

D’ailleurs la fin est à l’image du reste : une claque!

Bref, La vraie vie est une véritable réussite pour un premier roman extrêmement prometteur.

 

 

Et le style dans tout ça ?

 

Adeline Dieudonné utilise une langue précise, crue et parfois très cash. Elle écrit sans filtre et ça fonctionne très bien au service de cette histoire. Brut ou délicat selon les pages, son style me plaît énormément et j’ai hâte de voir ce qu’elle va nous proposer à l’avenir.

 

Mes citations ou passages préférés

 

« Une panique sauvage commençait à m’étouffer. J’aurais voulu que quelqu’un, un adulte, me prenne par la main et m mette au lit. Replace des balises dans mon existence. M’explique qu’il y aurait un lendemain à ce jour, puis un surlendemain, et que vie finirait par retrouver son visage. Que le sang et la terreur allait se diluer ». p.37

 

« Certaines maisons semblaient hurler la solitude de leur occupants et l’inconsistence vertigineuse de leur existence ». p.79

 

« Que la vie est une grande soupe dans un mixer au milieu de laquelle il faut essayer de ne pas finir déchiqueté par les lames qui vous attirent vers le fond ». p.89

 

« Je sentais bien qu’il ne fallait pas trop rappeler à mon père que j’aimais les sciences. Ce que j’avais vu dans sa réaction la veille me disait que j’avançais sur un terrain dangereux. Son goût pour l’anéantissement allait m’obliger à me construire en silence, sur la pointe des pieds ». p.135
 
« C’était une vraie question. La vie de ma mère était ratée. Je ne savais s’il existait des vies réussies, ni ce que ça pouvait signifier. Mais je savais qu’une vie sans rire, sans choix et sans amour était une vie gâchée ».  p 209

 

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Lu à Paris en octobre 2018

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