Grand Prix des Lectrices Elle | Lectures

Grand Prix des Lectrices Elle 2019: mon avis sur la sélection de novembre

23 novembre 2018

Souvenez-vous … Le mois dernier, je qualifiais la sélection de novembre de prometteuse. Je venais de la recevoir et la diversité proposée m’enchantait. Pourtant, c’est un bilan en demi-teinte que je vous livre aujourd’hui. Aucun coup de coeur et des lectures globalement assez pesantes.

À vous qui souffrez de la dépression saisonnière, du changement d’heure et du retour de la pluie … Un conseil : remettez la lecture de cette sélection de novembre à plus tard. Asta, le roman, est un livre qui oscille entre récit décousu de la dureté de l’existence et beauté de l’écriture et m’a filé un cafard terrible. La loi de la mer, le document, vous jette à la figure l’horreur de la situation des migrants qui meurent quotidiennement à nos portes. Sans en rajouter mais c’est déjà suffisamment bouleversant comme ça. Enfin le policier, Présumée disparue, se déroule dans le froid transperçant d’une province anglaise et convoque une flic quarantenaire borderline dépressive.

Avec cette sélection de novembre, je vous emmène donc dans un voyage exigeant des fjords de l’ouest aux côtes siciliennes en passant par l’atmosphère si particulière de la région de Cambridge en Angleterre.

 

La sélection de novembre 

 

  • Asta de Jón Kalman Stefansson- Catégorie Roman
  • Présumée disparue  de Susie Steiner – Catégorie Policier
  • La loi de la mer de Davide Enia – Catégorie Document

 

Verdict

 

Pourquoi j’ai apprécié Présumée disparue

 

Aimé sans plus, mais aimé quand même ! Car voilà enfin un vrai roman policier, avec une vraie enquête ! Sur les trois « policiers » lus depuis le début de l’aventure Grand Prix des Lectrices Elle, c’est le premier vrai policier. Et cela fait plaisir de retrouver les vrais codes du genre, même si l’histoire et la trame sont plutôt convenus.

 

 

Ça raconte quoi ?

 

Dans une petite ville de la région de Cambridge Edith Hind, jeune bourgeoise intello et sans apparemment sans histoires, disparaît subitement. Au sein de la police locale, Manon Bradshaw, célibataire la quarantaine approchant, mène l’enquête.

 

Verdict

 

Dans la langue fluide et un texte sans fausse notes, Susie Steiner nous fait facilement tourner les pages. Des chapitres courts aident à maintenir un bon rythme, même si l’on peut déplorer l’absence de réels rebondissements ou de suspense. Pour autant, j’ai passé un bon moment et ai aimé cette histoire de disparition (décidément un fil rouge dans tous les romans retenus dans cette catégorie jusqu’à présent).

La personnalité peu reluisante et légèrement pathétique de Manon Bradshaw a quelque chose de rafraîchissant car aux antipodes de la figure de l’héroïne. Susie Steiner fait endosser à son personnage principal le costume du flic torturé et en proie à ses propres angoisses et névroses, ce qui apporte du relief à la dynamique entre les personnages aux personnalités complexes et travaillées. J’ai aimé découvrir son histoire dans l’histoire.

Le dénouement est assez prévisible et on le sent peut-être un peu trop facilement venir. En outre, il laisse légèrement le lecteur sur la faim, avec une forme de « tout est bien que finit bien » un peu surfait et qui tranche de manière trop radicale avec le ton et l’ambiance du reste du livre.

Globalement, Présumée disparue est une lecture plaisante et facile. J’ai surtout aimé me replonger dans l’atmosphère bien particulière des abords de l’Université de Cambridge. Cela m’a fait revivre une semaine fort sympathique que j’ai passé là-bas il y a quelques années.

 

Quelques passages ?

 

« D’autres penseront qu’elle prend la fuite, mais que savent-ils des épreuves qu’elle a subies ? Une journée peut sembler durer une année ; chaque minute frémit telle une guêpe à l’agonie. Même les secondes sont prises de convulsions, elles s’abandonnent avec un frisson à un calme étrange et surnaturel – comme si toute chose se pétrifiait. C’est peut-être une fuite, mais c’est aussi bien plus que cela » (p.485)

 

 

Pourquoi j’ai modérément aimé La loi de la mer

 

Œuvre utile, La loi de la mer est un texte limpide et sans artifices qui vous jette à la figure l’horreur de la situation des migrants qui meurent quotidiennement à nos portes.

 

 

Ça raconte quoi ?

 

Davide Enia invite le lecteur à le suivre à Lampedusa et lui donne à voir ce que nos yeux refusent trop souvent de voir. Devant l’insupportable spectacle d’hommes, de femmes et d’enfants qui meurent après avoir vécu l’enfer de l’exode, du racket, du viol, et plus encore, on ne peut qu’être ébranlés, choqués et honteux.

 

Verdict

 

Loin d’être une lecture plaisir, La loi de la mer est une lecture qui remue et interpelle nos consciences. Lire ce livre, c’est se faire la violence de regarder la vérité en face.

Si le témoignage est utile, la lecture de cet ouvrage a pour moi été fastidieuse. Ce n’est qu’à la toute fin du livre que je suis parvenue à véritablement entrer en communion avec le récit de l’auteur. Il y a des passages d’une beauté presque cruelle et la relation de l’auteur à son oncle m’a beaucoup touchée. Si La loi de la mer ne restera pas un grand souvenir de lecture, il aura eu le mérite de rappeler qu’à une heure de vol de Paris, des êtres humains meurent chaque semaine dans l’indifférence générale. Avec La loi de la mer, Davide Enia réussit à relater cette insoutenable vérité avec subtilité, réalisme et pudeur. Un texte qui reste délicat et mesuré, même quand il décrit l’horreur et la brutalité des naufragés de Lampedusa.

 

Quelques passages ?

 

« Le ciel si proche qu’il vous tombe presque sur les épaules. La voix omniprésente du vent. La lumière qui frappe de partout. Et devant les yeux, toujours, la mer, éternelle couronne de joie et d’épines » (p.10).

 

Il ajoute : « ici on sauve des vies. En mer, toutes les vies sont sacrées. Si quelqu’un a besoin d’aide, on lui porte secours. Il n’y a ni couleur de peau, ni ethnie , ni religion. C’est la loi de la mer» (p.12).

 

« L’histoire, elle se fiche de ce que toi, moi, nous ressentons. Elle infléchit déjà le cours du monde, elle dessine l’avenir, elle modifie la nature du présent. C’est un mouvement implacable. Et cette fois, l’histoire fait se déplacer des gens en chair et en os, de tous les âges. Il part, il traverse la mer, il débarque. Lampedusa n’est pas une porte. C’est une étape » (p.19).
 
« Le danger de mort est écarté, mais la peur s’est insinuée en lui, plus vive à chaque respiration, rongeant ses certitudes et ses illusions, pour l’envoyer dans cette partie de la vie où règne l’extrême violence, quand nous comprenons soudain que ceux que nous aimons peuvent eux aussi mourir » (p.94).
 
« Elle se mit à pleurer. Des larmes longtemps retenues. Elles étaient là, derrière tous ces mots. Elles en étaient l’ombre. L’origine du calvaire. Sous la cendre du temps brûle les braises du remords » (p.117).

 

« Il resta silencieux à regarder ses paumes, comme si c’était un livre, les pages d’un passé qui ne cessait de revenir » (p.167).

 

« Ici, au cœur de l’Europe, on a gardé la mémoire de la force de la mer. C’est écrit dans la peau de cette ville, au visage marqué de rides de sel. Une ville qui a compté autant de marins parmi ses habitants connaît ses lois » (p.175).

 

« La mer respire, à la différence du ciel. La mer donne et prend quand elle le décide, comme le ciel. La mer, cette même mer où je viens d’arriver accompagné par les canaux, qui baigne toutes les côtes d’Europe, est maintenant remplie de corps morts, ces migrants naufragés dans l’odyssée du désespoir » (p.175).

 

 

Pourquoi je suis partagée sur Asta

 

 

Retrouvez la chronique complète ici !

 

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Le mois prochain, je vous parlerai de la sélection de décembre. Au programme Dura Lex de Bruce Desilva, Ma dévotion de Julia Kerninon et Les inséparables de Dominique Missika. 

 

Merci de votre fidélité aux chroniques de My Little Big World !

 

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