Lectures

Une famille presque normale de M.T.Edvardsson : un thriller psychologique réussi

10 janvier 2020

C’est en Suède que je vous emmène pour cette première chronique de 2020 ! L’année commence sous les meilleurs auspices avec Une famille presque normale, le « thriller » psychologique très réussi de M.T. Edvardsson. Une excellente surprise qui par bien des aspects m’a rappelé mon coup de coeur de début 2019, Anatomie d’un scandale.

Ce délicieux pavé de 532 pages est publié chez Sonatine et en lice pour le Grand Prix des Lectrices Elle 2020, catégorie Polar.

 

Pourquoi ce livre ? 

 

Découvert dans le cadre d’un concours Instagram organisé par l’éditeur, j’ai eu le plaisir de recevoir Une famille presque normale  en cadeau pour mon anniversaire. Ça tombait bien car le pitch m’avait bien plu. J’ai attendu le calme des vacances et les longs trajets en TGV pendant les grèves (et oui!) pour me plonger dans ce gros pavé.

 

Ça raconte quoi ?

 

Lund, Suède. De nos jours. Une famille presque sans histoire. Adam, le père, est pasteur. Ulrika, la mère, est avocate. Tout bascule quand leur fille unique, la volcanique Stella, 19 ans, est arrêtée pour meurtre. À la stupéfaction initiale succèdent l’introspection, le doute, les dilemmes moraux sur la conduite à tenir et enfin les décisions. Comment le passé peut-il éclairer le présent ? Confrontés à l’impensable, comment réagir ? L’instinct de survie est-il plus fort que toute forme de vérité ou de justice ? Tour à tour, le lecteur est plongé au sein du récit et des raisonnements du père, de la fille puis de la mère. Au fil de ces trois séquences, écrites à la première personne, le lecteur est amené à réfléchir sur la vérité, tout en étant immergé dans la psychologie d’une famille somme toute relativement banale. Une famille presque normale est aussi le récit d’une amitié indéfectible et bouleversante. Quand l’amie devient la famille que l’on se choisit.

 

La quatrième de couverture 

 

« Faites connaissance avec la famille Sandell. Le père, Adam, est un pasteur respecté dans la petite ville de Lund, en Suède. Sa femme, Ulrika est une brillante avocate. Leur fille, Stella, dix-neuf ans, s’apprête à quitter le foyer pour un road trip en Asie du Sud-Est. C’est une famille normale, une famille comme les autres. Et comme toutes les autres familles de la ville, les Sandell sont horrifiés quand un important homme d’affaires, Christopher Olsen est retrouvé assassiné. Ils le sont plus encore quand, quelques jours plus tard la police vient arrêter Stella. Comment pouvait-elle connaître Olsen, et quelles raisons auraient pu la pousser à le tuer ? Il ne peut s’agir que d’une erreur judiciaire. Dans ce récit en trois parties, chacun des membres de la famille tente à son tour de recomposer un puzzle dont il n’a pas toutes les pièces. C’est d’abord Adam qui s’exprime, puis Stella, et enfin Ulrika. Chaque fois, de nouvelles perspectives se font jour, la version précédente est remise en question, la vérité s’échappe. La seule évidence qui s’impose très vite, c’est qu’il n’existe aucune famille  » normale « . Plus qu’un thriller, une découverte exceptionnelle. »

 

Et le style dans tout ça ? 

 

Voilà un style qui, s’il ne me laissera pas un souvenir mémorable, fonctionne parfaitement. M.T. Edvardsson réussit à captiver le lecteur dès les premières lignes au moyen d’une écriture à la fois épurée, fluide et efficace. On apprécie les chapitres relativement courts et la construction astucieuse du récit. En alternant les points de vue du père, de la fille, puis de la mère, on progresse aisément dans l’histoire qui se densifie et se complexifie à mesure que l’on tourne les pages. Jusqu’au bout, le lecteur doute, s’interroge, essaie de saisir la vérité qui lui échappe. Toute en nuances, cette superposition des faits et des perceptions est construite de manière très intelligente. C’est, me semble t-il, la plus grande force de ce livre.

Quant à l’histoire narrée à la première personne : pour moi, ça passe ou ça casse ! Et dans l’immense majorité des cas, ça casse. Combien de fois ai-je soupiré d’exaspération devant des récits à la première personne niais ou mal écrit ? Dans Une famille presque normale, l’exercice est, je trouve, très réussi. Preuve supplémentaire du talent de l’auteur.

 

Verdict 

 

Une famille presque normale est un livre franchement réussi que j’ai lu avec plaisir, malgré quelques petites longueurs et redondances dans la première partie. La psychologie des personnages, très convaincante et poussée, rend l’histoire riche et captivante. La construction du récit et l’alternance des points de vue attrape le lecteur les premières pages et ne le lâche plus avant la toute dernière page. Ce puzzle qui s’assemble au fil des pages, tout en convoquant l’intelligence et les convictions du lecteur est très habilement construit. Bref, une réussite !

Si vous cherchez les rebondissements à chaque fin de chapitre ou les frissons d’un thriller classique, passez votre chemin. Car la force de ce livre à mi-chemin entre enquête policière et travail de psychothérapie est ailleurs. Mais bien réelle !

Je n’en dis pas plus pour ne pas trop en dévoiler. Mais lisez-le !

 

Pour quel public ?

 

Pour ceux qui aiment les personnages à la psychologie complexe et l’alternance des points de vue. Ceux qui ont aimé l’esprit et la construction du livre de Sarah Vaughan Anatomie d’un scandale. Ceux qui aiment les histoires toutes en nuances où l’on recherche davantage la vérité que les rebondissements multiples. Et enfin, pour ceux qui aiment maintenir le suspense et le doute jusqu’à la toute dernière ligne.

 

 

Lu à Oulx et dans le TGV France-Italie en janvier 2020

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