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Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson : une respiration !

7 juin 2019

Une parenthèse dans un monde trop bruyant, trop superficiel, trop matérialiste. Une respiration pour revenir à l’essentiel …  Sylvain Tesson nous embarque dans sa retraite Dans les forêts de Sibérie. Déconnexion et dépaysement assurés pour quiconque prendra part à cet exil volontaire. Enchantement pour quiconque s’abandonne au fil de ces pages merveilleusement écrites.

 

Pourquoi ce livre ?

 

Oui, je suis une inconditionnelle de Sylvain Tesson ! Cela n’est plus un secret pour personne. J’avais beaucoup entendu parler de son journal Dans les forêts de Sibériequi a reçu le Prix Médicis Essai en 2011. Après BerezinaUne très légère oscillation, S’abandonner à vivre, L’aventure le choix d’une vie ou Un été avec Homèreje ne pouvais pas retarder plus longtemps ma rencontre avec ce livre. Un livre qui m’attendait sagement depuis plusieurs années dans ma bibliothèque …

 

Ca raconte quoi ?

 

Dans les forêts de Sibérie est un journal de bord superbement écrit où les grands espaces se mêlent à une réflexion profonde sur la vie, la solitude, le rapport de l’homme à la nature et surtout à lui-même. Sylvain Tesson nous emmène par -30° dans sa retraite au bord du lac Baïkal. Une retraite solitaire de plusieurs mois dans une minuscule cabane avec quelques livres pour seuls compagnons. Même si comme chacun sait : « avec un livre, on est jamais seul ».

Dit comme ça, on se demande ce que l’auteur va bien pouvoir nous raconter. Ce que cette lecture va nous apporter. Et pourtant … La vraie force de ce livre est là : l’essentiel qui saute à la gorge au beau milieu du dépouillement et de nulle part. C’est une prouesse que réalise Sylvain Tesson, ermite des temps modernes : réussir à donner tant de sens en si peu de mots. Nous inviter à un voyage quasi-initiatique entre les murs d’une minuscule cabane en bois.

 

La quatrième de couverture 

 

«Assez tôt, j’ai compris que je n’allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m’installer quelque temps, seul, dans une cabane. Dans les forêts de Sibérie. 
J’ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal. 
Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j’ai tâché de vivre dans la lenteur et la simplicité. 
Je crois y être parvenu. 
Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à l’existence. 
Et si la liberté consistait à posséder le temps? 
Et si la richesse revenait à disposer de solitude, d’espace et de silence – toutes choses dont manqueront les générations futures? 
Tant qu’il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu.»

 

Et le style ?

 

Je l’écrivais plus haut, Dans les forêts de Sibérie est un journal. Il se lit donc comme tel, en immersion au jour le jour dans le quotidien de son auteur. Cela facilite la lecture et les pauses, utiles. Car l’une des plus grosses erreurs que pourrait selon moi commettre le lecteur serait de se précipiter, de tourner frénétiquement les pages de ce livre. Non ! Au contraire, celui-ci se savoure, se médite, s’apprivoise. Il faut lui laisser le temps de faire son chemin et une chance d’apporter au lecteur ce cadeau extraordinaire. Celui d’une pause, d’une respiration et d’un retour à soi-même.

Côté style, c’est du « Tesson pur jus », si j’ose dire. Aucun mot de trop. Des phrases justes et incroyablement percutantes qui résonnent longtemps. On appréciera ici la grande franchise de l’auteur qui ne cache aucun de ses travers, aucun de ses doutes et dont les réactions plus ou moins juvéniles font souvent sourire. Le livre n’est pas dénué d’auto-dérision ni même d’humour.

 

Verdict

 

Sublime, profond, marquant, régénérant … Les adjectifs ne manquent pas pour qualifier ce journal de bord rédigé dans les forêts de Sibérie. On l’aime parce qu’il nous dit quelque chose de notre époque et de ses limites. Qu’il nous parle de l’essentiel, dans un style magnifique de maîtrise, de sens et de beauté.

Certaines pages captent plus que d’autres. Les jours d’aventure succèdent aux jours d’ennui On s’attache facilement à ce faux dur à cuire chez qui l’on devine une infinité fragilité. Avec lui, on communique à la nature, on s’émerveille de paysages simples ou du vol des oiseaux … Et, alors que l’on referme cette singulière parenthèse, surgit comme une furieuse envie de partir loin. Là-bas, sur les bords d’un lac au milieu de nulle part. Avec une pile de livres à lire, deux chiens, la nature pour seul horizon et quelques verres de vodka pour tuer un interminable hiver.

À savourer d’urgence !

 

Lu à Paris en mai 2019

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