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Un roman flamboyant et subtil : la part des flammes de Gaëlle Nohant

4 mai 2018

Qu’il est difficile de refermer ce livre ! « La Part des flammes » … Voilà un autre petit bijou de lecture signé Gaëlle Nohant que je vous recommande chaudement. C’est publié aux excellentes éditions Héloïse d’Ormesson et disponible en Livre de Poche.

Souvenez-vous, il y a plusieurs semaines je vous parlais de mon coup de cœur pour Légende d’un dormeur éveillé , un roman biographique délicat et puissant consacré à la vie de Robert Desnos.

J’avais hâte de lire une autre œuvre de Gaëlle Nohant, dont la plume est d’une précision, d’une délicatesse et d’une beauté que je trouve vraiment remarquables. La Part des flammes n’a fait que confirmer ma première impression …

Allez, je vous dis (presque) tout …

 

Pourquoi ce livre ?

 

En fait, ce livre est littéralement tombé dans mes mains alors que je cherchais « Légende d’un rêveur éveillé ». J’étais en weekend à Briançon et, après avoir lu les premières pages du roman sur mon Kindle, il m’est apparu comme une évidence qu’il fallait que je me procure le roman au format papier. Quelques pages m’ont suffi pour comprendre que c’était un livre que je voudrais garder dans les rayons de ma bibliothèque.

Mais, hélas, impossible de mettre la main de dessus. C’est en fouillant dans une petite boutique de livres d’occasion (vraiment charmante) que j’ai trouvé La part des flammes. Et je suis repartie avec en me disant que je le lirai plus tard. Plus tard, c’était cette semaine.

 

Ça raconte quoi ?

 

La Part des flammes est un roman historique inspiré d’un fait réel et qui a traumatisé le tout-Paris de la fin du 19e siècle : l’incendie du Bazar de la Charité. 

Le livre raconte l’histoire de trois femmes dont les destins vont se croiser et se lier dans la catastrophe. Elles appartiennent à la haute société de l’époque et, en se frottant à la misère humaine et en vivant l’horreur, elles vont se révéler à elles-mêmes. Trois générations, trois trajectoires …

Cette histoire fait vraiment la part belle aux personnages féminins. À la fois fortes, généreuses, déterminées mais aussi fragiles, on s’attache très vite aux héroïnes et on tourne les pages avec délectation. Les personnages masculins ne sont pas en reste. Mais je ne vous en dis pas plus …

 

Quatrième de couverture

 

« Mai 1897. Pendant trois jours, le Tout-Paris se presse rue Jean-Goujon à la plus mondaine des ventes de charité. Les regards convergent vers le comptoir n° 4, tenu par la charismatique duchesse d’Alençon. Au mépris du qu’en-dira-t-on, la princesse de Bavière a accordé le privilège de l’assister à Violaine de Raezal, ravissante veuve à la réputation sulfureuse, et à Constance d’Estingel, qui vient de rompre brutalement ses fiançailles. Dans un monde d’une politesse exquise qui vous assassine sur l’autel des convenances, la bonté de Sophie d’Alençon leur permettra-t-elle d’échapper au scandale ? Mues par un même désir de rédemption, ces trois rebelles verront leurs destins scellés lors de l’incendie du Bazar de la Charité.
Enlèvement, duel, dévotion, La Part des flammes nous plonge dans le Paris de la fin du xixe au cœur d’une histoire follement romanesque qui allie avec subtilité émotion et gravité ».

 

Et le style dans tout ça ?

 

Si vous avez aimé Légende d’un dormeur éveillévous ne pouvez pas vous tromper avec ce livre. La langue y est toujours poétique, choisie, raffinée. Je suis décidément conquise par le style de Gaëlle Nohant. Et je ne suis pas la seule parce que trois générations de femmes (là aussi !) l’ont également beaucoup apprécié. Ma grand-mère de 92 ans, ma maman et moi.

 

Verdict

 

En conclusion: on aime ? Et comment !

En fait, j’ai beaucoup aimé ce livre, tant pour l’histoire que pour les mots. J’ai voyagé dans une époque et un Paris que je connais finalement assez mal. Le découvrir grâce à Gaëlle Nohant m’a poussée à me documenter. J’ai donc appris en même temps que je me suis détendue et divertie. Un vrai bon moment. 

 

   

Pour qui ?

 

Tout public

 

Mes passages et citations préférés

 

 » Ce n’était pas seulement le jugement sans appel de la seule figure maternelle sur laquelle elle ait jamais pu s’appuyer. C’était aussi et surtout, s’exprimant à travers cette bouche sèche pour foudroyer d’un trait brûlant son insolent amour, la réponse de Dieu ». (p.30)
 
 » Elsa, la femme de chambre, toqua un instant plus tard à la porte et entra, portant avec précaution un lourd plateau d’argent chargé de petits pains blancs juste tirés du four, de gelées de mirabelle et de mûre, de beurre frais, de thé encore fumant dont les volutes parfumées emplissaient la chambre. Ces détails raffinés de sa vie, Violaine les voyait encore. Peut-être parce qu’elle ne les avait jamais considérés comme acquis. Ce luxe lui avait toujours paru précaire, menacé ». (p.92)
 
« Tout lire lui avait donné le vertige et une faim grandissante du monde. Elle y avait perdu le peu de déférence qu’on lui avait inculquée. Les livres lui avaient enseigné l’irrévérence et leurs auteurs, à aiguiser son regard sur ses semblables ; à percevoir, au-delà des apparences, le subtil mouvement des êtres, ce qui s’échappait d’eux à leur insu et découvrait des petits morceaux d’âme à ceux qui savaient les voir ». (p.93)

 

 » S’il était irréel qu’une créature aussi raffinée que l’homme pût frire comme une côte de boeuf, le voir de ses propres yeux, c’était mordre par surprise dans le fruit de l’arbre de la connaissance. Un poison entrait dans la tête et le corps, qui vous changeait à jamais ». (p.129)

 

 » Si Armand de Raezal était protégé des morsures de la compassion par son égoïsme, il savait en homme du monde feindre les sentiments appropriés à la circonstance ». (p.133)

 

 » Son esprit perdu se heurtait contre les brisants de ses émotions, sa peau était parcourue de légers frissons, ses gestes trop nerveux. Elle se regardait de l’extérieur dans un mélange de fascination et de panique, Non tu es trop prévisible, ressaisis-toi, je t’en prie « . (p.211)

 

 » Des lacs limpides, des montagnes bleues et une petite ville adorable nichée au pied des montagnes. J’y ai passé des heures merveilleuses. Je n’y suis jamais retournée de peur d’abîmer mes souvenirs « . (p.262)

 

 » Le mois de juin s’achevait et le grand monde avait quitté Paris pour rejoindre les lieux de villégiature estivale, le littoral normand ou les rives de la Méditerranée, les cités italiennes, les eaux villes d’eaux ou leurs châteaux de province. Dans la ville apaisée que n’électrisait plus le tumulte de la vie mondaine ne restaient plus que le peuple et les financiers, les industriels, tous ces entrepreneurs qui se hissaient sur l’échelle sociale en servant la nouvelle religion du travail pendant que les rentiers distrayaient leur ennui et leur spleen par de nouvelles lubies sportives ou ésotériques « . (p.522)

 

 » Il y avait au fond d’elle un continent perdu distillant une nostalgie puissante qui débordait sur le papier« . (p.527)

 

 » Violaine de Raezal se disait que s’il était un bonheur possible sur cette terre, on ne pouvait y accéder qu’en laissant mourir certaines choses en soi. Toutes ces choses lourdes et encombrantes qui étaient un grenier plein d’objets cassés et poussiéreux que l’on n’osait mettre au rebut, mais qui arrêtaient la lumière« . (p.536)

 

Que lire de cet auteur ?

 

  • Légende d’un dormeur éveillé : ma chronique ici
  • L’ancre des rêves : chronique par ici
  

Compagnon de grève SNCF du printemps 2018

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